La lettre diplomatique

Article – Sénégal
La Lettre Diplomatique N°61 – Premier trimestre 2003

Pour un partenariat public-privé plus fort au Sénégal

En rupture avec le recours intensif à l’aide internationale et à l’endettement, la sollicitation des fonds du secteur privé, national et international, constitue le fer de lance des propositions et des mesures du Président Abdoulaye Wade, un des pères du Népad, pour le développement de son pays et de l’Afrique. Comme dans la plupart des pays les moins avancés, le Sénégal ne connaît aucun précédent d’infrastructure lourde financé par des capitaux privés. Deux projets illustrent au Sénégal cette nouvelle alternative : la construction d’un nouvel aéroport international à implanter à l’est de la capitale et celle d’une autoroute à péage de contournement de Dakar par le Nord qui doit également desservir le nouvel aéroport. Tous deux ont été confiés à l’Agence de promotion de l’investissement et des grands travaux (Apix) créée par le Président Wade à l’été 2000, avec pour mandat de susciter l’intérêt des partenaires stratégiques d’envergure internationale. Avec un niveau d’investissements directs étrangers (IDE) d’environ 126 millions d’euros en 2001 (contre 136 en 1999 et 88 en 2000) et un stock d’IDE de près d’un milliard d’euros, le Sénégal est le second récipiendaire des flux d’investissement étrangers de l’UEMOA derrière la Côte d’Ivoire et occupe une place honorable dans le classement des pays africains, même s’il se situe loin derrière les poids lourds comme l’Afrique du Sud, le Nigéria ou l’Angola. Pour preuve de la vitalité de l’activité économique, le doublement du volume des projets d’investissement agréés, dont les trois quarts sont industriels, passant de 300 millions à 590 millions d’euros, devrait permettre au gouvernement d’atteindre l’objectif fixé d’un taux d’investissement de 21% en 2002 (contre 19% en 2001). L’Apix n’enregistre encore cependant qu’une très faible part d’investisseurs étrangers (8 à 9 millions sur les 300 millions d’euros). Le Sénégal offre pourtant un cadre d’investissement favorable de par sa relative stabilité politique que confirme l’installation réussie de l’alternance ainsi que le rayonnement de Dakar, ancienne capitale de l’Afrique occidentale française (AOF), qui conserve toujours son pouvoir d’attraction sur la région. Mais, ce aussi en raison de l’amélioration des facilités de production qui reste encore insuffisante, de la valorisation des avantages préférentiels pour l’accès aux marchés européens et américains, de la montée en puissance des marchés financiers en Afrique de l’Ouest et de la Bourse régionale (BRVM où la Compagnie de télécommunication sénégalaise, Sonatel, est côtée pour 25% de la capitalisation boursière qui dépasse un milliard d’Euros) ainsi que des politiques communautaires de l’UEMOA qui garantissent par ailleurs le maintien d’un cadre économique et monétaire stable et une bonne ouverture.
La destinée commune du Sénégal et de la France, qui est son premier partenaire commercial, offre un cadre particulièrement favorable pour les entreprises françaises, très bien représentées avec quelque 250 enseignes (Razel, BNP-Paribas, Accor etc…), filiales ou participations minoritaires ainsi que sociétés de droit local créées par des entrepreneurs français souvent en coopération avec des partenaires sénégalais (comme Transtech Industries). La dernière décennie a ainsi vu grâce au flux soutenu d’investissements français, la création de 20% d’établissements franco-sénégalais ressentie sur le niveau de l’emploi national avec plus de 22000 salariés, soit 22% de l’emploi dans le secteur privé « formel ». La baisse du volume de l’investissement français en 2000 et 2001 qui s’élève à 33 millions d’euros (passant de 114 millions d’euros en 1997 à 88 en 1999 et 30 en 2000) s’explique par l’absence de privatisations abouties ou de grands projets porteurs. Tombée à un quart des flux d’investissements étrangers, la France reste le majeur investisseur étranger. Les Français sont d’ailleurs présents dans les projets de privatisations à venir, notamment le groupe Bolloré associé à la SNCF International face au Canadien Canacs pour la concession ferroviaire Dakar-Bamako. En outre, l’entreprise Colas s’est vu attribué en juillet 2002 la construction de la route Dakar-Bamako, tandis que deux sociétés françaises, Maurel&Prom, et Orchard se sont associés avec Pétrosen (la société nationale) pour la recherche et l’exploitation des hydrocarbures dans le bloc Sébikotane. D’autres groupes européens sont également présents comme le portugais Lisnave, l’espagnol Tolsa, le néerlandais Shell, ainsi que les Etats-Unis avec six implantations importantes, l’Inde, le Liban et bientôt l’Ile Maurice.
Reste seulement à voir s’accomplir les vœux du Président Wade qui dans ses fonctions de Président en exercice de l’UEMOA, a pu constater la faible présence des investisseurs étrangers, hormis la France, lors du Sommet africain de l’Energie organisé à Dakar en novembre 2002 et dont les enjeux dépassaient largement le cadre de la seule Afrique de l’Ouest. C.H.

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