La lettre diplomatique

Article – Egypte
La Lettre Diplomatique N°62 – Deuxième trimestre 2003

Alexandrie : tremplin des investissements français en Egypte

En l’espace d’une année, en 2002, Alexandrie a polarisé les relations économiques et commerciales entre la France et l’Egypte. En témoigne l’activité manifestée par la Mission économique du Caire, le Gouvernorat d’Alexandrie, le Club d’Affaires franco-égyptien (CAFE) et la région Provence Alpes-Côte d’Azur (PACA) pour soutenir et promouvoir un partenariat entre les milieux d’affaires français et égyptiens déjà très riche. En effet, en 2001, 30 à 40% des investissements français en Egypte étaient réalisés dans la région d’Alexandrie et non des moindres puisqu’elle a recueilli deux des plus importants contrats conclus par des groupes français dans ce pays depuis trois ans. ONYX, filiale de Veolia Environnement, a signé en 2000 un contrat pour la gestion des déchets de la ville qui devrait lui procurer un chiffre d’affaires annuel de plus de 200 millions de francs et pour lequel elle s’est engagée, en contrepartie, à mettre en place un plan d’investissement de 1 milliard de francs. Pour sa part, Alcatel a renouvelé en juin 2002 sa collaboration avec Telecom Egypt en concluant avec elle deux contrats pour l’installation d’un nouveau réseau de lignes fixes pour la région d’Alexandrie (accord-cadre nommé « Nile Vision Plus ») et dont le marché est évalué sur 5 ans à 400 millions d’euros. Alexandrie participe donc de la diversification de la présence française en Egypte qui se place au 4ème rang des investisseurs étrangers et au 2ème rang des investisseurs européens. Traditionnellement concentrée dans le secteur des télécommunications et dans le secteur bancaire, elle a su s’ouvrir en trois ans à bien d’autres secteurs. Alors que le Président de Lafarge est venu inaugurer en juillet 2002 l’ouverture de la cimenterie acquise par le groupe français conjointement avec le groupe grec Titan, la raffinerie Midor conçue par Technip près d’Alexandrie, a commencé son activité en 2003. Dans l’agro-alimentaire, Danone vient de démarrer une activité sous la marque Lu dans le cadre de la joint-venture établie avec le groupe égyptien Rachid dont il détient 51%. Dans la grande distribution, Promodes a ouvert fin 2002 son premier hypermarché sous l’enseigne Carrefour à Alexandrie.
La réalisation de ces partenariats qui placent Alexandrie au centre des ambitions françaises est à la hauteur des ambitions marquées de part et d’autre. Le CAFE y a récemment installé une antenne pour répondre à la demande croissante dont font preuve les investisseurs français pour la région. Une volontaire a d’ailleurs été dépêchée sur place par la région PACA pour établir une typologie des entreprises de la région susceptibles d’y développer des activités. A juste titre, M. Hervé Piquet, Chef de la Mission économique du Caire, peut ainsi qualifier Alexandrie de «laboratoire innovant de la coopération franco-égyptienne dans laquelle la coopération décentralisée est appelée à jouer un rôle déterminant.»* La région PACA et le Gouvernorat d’Alexandrie ont en effet conclu le 2 novembre 2002 un accord de coopération bilatérale qui, outre ses importants volets consacrés aux échanges culturels, éducatifs mais aussi à l’environnement et à la formation professionnelle, prévoient le soutien du partenariat inter-entreprises et un important projet de coopération entre le Port autonome de Marseille et le port d’Alexandrie. Ce projet, sauvé de peu pour des raisons budgétaires, est appelé à s’étoffer dans les mois à venir et devrait concerner l’informatisation du port alexandrin et l’aide à la formation de son personnel.
Présenté comme la ville la plus francophone et la plus francophile d’Egypte, Alexandrie recèle bien d’autre avantages pour les investisseurs français. Deuxième ville d’Egypte avec ses 3,5 millions d’habitants, l’ancienne capitale mondiale du coton est aujourd’hui une métropole économique de premier plan et un pôle de développement de l’Egypte moderne. Délaissée durant les années 80 et 90, Alexandrie a bénéficié de la campagne de grands travaux lancée depuis l’arrivée en 1997 de M. Mohammed Adbul-Salam Al-Mahgoub à la tête de son Gouvernorat et à laquelle les investisseurs étrangers ont été particulièrement sensibles. Elle représente aujourd’hui près de 40% de la production industrielle nationale et 20% du PIB. Premier port d’Egypte et second port du bassin méditerranéen derrière celui de Marseille, le port d’Alexandrie draine 60% du trafic maritime du pays. Entourée de plusieurs centres industriels, la ville dispose, pour le développement de l’activité économique, d’infrastructures modernes et d’un réseau ferroviaire et routier qui la relie au Caire. Elle est dotée d’une zone franche publique située à Améria et d’un aéroport, Borg el-Arab, exclusivement réservé à l’import-export. Alexandrie se trouve en outre depuis la signature de l’accord d’association avec l’Union européenne en juin 2001, aux avants-postes de l’immense marché qui doit à terme couvrir l’ensemble du bassin euro-méditerranéen.
Le contexte des affaires doit cependant compter sur le manque de visibilité induit par les incertitudes que la guerre d’Irak a soulevées, comme le montre le report en septembre 2003 d’une délégation d’entreprises de la région PACA, piloté par Procamex, club régional d’export, dont le voyage au Caire et à Alexandrie était initialement prévu en avril. Toutefois l’ensemble des observateurs s’accorde à penser que l’Egypte a accompli avec succès le programme d’ajustement structurel prévu par le FMI et que la décision des autorités égyptiennes de laisser flotter le cours de la monnaie devrait bénéficier aux investisseurs étrangers. Si la législation dispose de tous les atouts pour les attirer en nombre, il reste des efforts à faire an matière d’application de la législation et de tarifs douaniers. Alors que la France n’occupe aujourd’hui qu’une modeste position en Egypte avec 4% de part de marché, elle envisage néanmoins avec optimisme le renforcement des relations bilatérales. Comme a pu le souligner S.E.M. Jean-Claude Cousseran, Ambassadeur de France en Egypte, lors du colloque Sénat-CFCE qui s’est tenu le 22 mai 2003 à Paris : “… nous assistons à la création d’un partenariat fort, tant au plan politique qu’économique et financier » entre les deux pays“. Ch.H


* Masson Florent/Mission économique, «La Lettre d’Egypte-Numéro spécial Alexandrie», «Alexandrie : 2ème métropole d’Egypte», été 2002, MINEFI/DREE.

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