La lettre diplomatique

Article – Grèce
La Lettre Diplomatique N°75 – Troisième trimestre 2006

Une forte implication au sein de l’UEO

Entretien avec S.E.Mme Elsa Papadimitriou, Vice-Présidente de l’Assemblée de l’Union de l’Europe occidentale, Présidente de la Délégation grecque auprès de l’UEO

 

La Lettre Diplomatique : Madame l’Ambassadeur, pouvez-vous nous décrire les activités de la délégation grecque au sein de l’Assemblée de l’Union de l’Europe occidentale ?

 

S.E.Mme Elsa Papadimitriou : La Grèce est membre de plein droit de l’Assemblée de l’UEO depuis 1995, date à laquelle notre pays a ratifié le Traité de Bruxelles révisé. Une délégation du Vouli, le Parlement grec, a intégré le corps interparlementaire de l’UEO, la même année, avec à sa tête le Vice-Président de Grèce qui était alors Mme Vasso Papandreou. L’Assemblée de l’UEO constitue le seul forum interparlementaire européen sur la Défense et la Sécurité. Le fort intérêt que porte la délégation sur les questions de sécurité et de défense a produit de nombreux rapports sur un large panel de sujets, les plus récents portant sur « Le transfert de pouvoir en Irak » et « Le développement d’une culture de la sécurité et de la défense au sein de la PESD », ainsi que de nombreuses missions présidentielles et de comités auprès de plusieurs régions de Grèce. La délégation grecque de l’Assemblée de l’UEO a toujours recruté ses membres parmi les hommes et les femmes politiques grecs les plus actifs et expérimentés. Au sein de l’actuel gouvernement grec, cinq ministres en ont ainsi été membres ces dernières années : la Ministre des Affaires étrangères Mme Dora Bakoyiannis, le Ministre de la Défense M. Evangelos Meimarakis, le Ministre des Transports M. Mihalis Liapis, le Ministre de la Culture M. Giorgos Voulgarakis et le Ministre de l’Egée M. Aristotelis Pavlidis. Notre délégation compte en outre au sein de ses membres M. Theodoros Pangalos, ancien Ministre des Affaires étrangères et Ministre de la Culture, et M. Konstantinos Vrettos, ancien Vice-Président du Parlement grec.

Parmi les récentes missions effectuées en Grèce, il convient de souligner la visite à Athènes de M. Jan-Dirk Blaauw, ancien Président de l’Assemblée de l’UEO, durant la présidence grecque de l’UE/UEO en 2003. Plus récemment, en mars 2006, le Président de l’Assemblée de l’UEO, M. Jean-Pierre Masseret, a visité Athènes pour participer à la 5ème Conférence des Porte-parole des parlements du Processus de coopération de l’Europe du Sud-Est (SEECP). En marge de la conférence, il a eu l’occasion de rencontrer la nouvelle Ministre grecque des Affaires étrangères, Mme Dora Bakoyiannis, qu’il a invitée à participer à la session plénière de l’Assemblée qui s’est tenue en juin dernier. Leurs discussions étaient centrées principalement sur le rôle croissant de l’Union européenne sur les questions de gestion de crises et sur l’évolution de l’OTAN. Le Président Masseret a également rencontré le Porte-parole du Parlement grec, Mme Benaki qui a souligné que l’implication des institutions parlementaires dans les questions de sécurité était très importante aux yeux de la Grèce et des Balkans ; considérant, de fait, le rôle de premier plan que pouvait continuer à jouer l’Assemblée de l’UEO dans les affaires internationales. En février 2005, l’ancien Président de l’Assemblée de l’UEO, M. Stef Goris, a par ailleurs assisté à la 4ème Conférence interparlementaire de l’Union parlementaire sur la Sécurité et la Coopération en Méditerranée, qui a eu lieu dans la ville de Nafplion, la première capitale de l’Etat grec moderne. Dans un autre domaine, le Comité technologique et aérospatial de l’Assemblée de l’UEO a accompli une mission en Grèce en février 2005, où ses membres ont eu l’occasion de rencontrer des représentants de l’Industrie aérospatiale hellénique et des Constructions navales helléniques à Skaramangas, ainsi que des membres de la Commission pour la Défense nationale et les Affaires étrangères du Parlement grec. A l’invitation de la délégation grecque, l’Assemblée de l’UEO a également organisé un colloque sur les relations transatlantiques qui a eu lieu à Athènes en mars 2003, en pleine crise irakienne. Plusieurs questions concernant l’imminence de la guerre y ont alors été discutées. Voici un bref aperçu de nos activités qui, bien entendu, ne se restreignent pas seulement aux frontières grecques, les membres de notre délégation participant à plusieurs comités sur des sujets variés.

 

L.L.D. : Le Processus de Barcelone a ouvert la voie à de nouvelle formes de coopération entre l’Union européenne (UE) et les pays méditerranéens. Dix ans après son adoption, ces pays se sentent délaissés, notamment depuis l’élargissement de l’UE en 2004. En votre qualité de spécialistes des questions méditerranéennes, quelles initiatives ont été adoptées pour relancer le processus ?

 

S.E.Mme E.P. : L’élargissement de l’UE en 2004 a eu pour effet de déplacer l’attention politique et géographique qui était dévolue à la région méditerranéenne. A cette époque cependant, il est toujours resté primordial pour l’UE de développer ses relations avec le Sud, tout en accueillant de nouveaux Etats et en élargissant ainsi ses frontières. Il y a dix ans nous nous sommes en effet engagés à promouvoir le rapprochement avec nos voisins ainsi que leur développement politique, économique et culturel.

La relance du Processus de Barcelone a permis de réaffirmer notre engagement auprès de la région, et surtout de fixer des objectifs de moyen terme, en particulier dans les domaines politique et des droits de l’Homme – qui n’ont pas été traités au cours de ces dix dernières années.

Le Processus de Barcelone révisé a pour but de prendre en main certains problèmes qui concernent au-delà des seuls Etats, l’ensemble de la région. Ce processus s’intéresse en outre aux domaines de l’éducation, des femmes, de la coopération régionale et aux questions de l’immigration, qui concernent évidemment les deux rives de la Méditerranée.

L’autre question qui s’avère de plus en plus importante est celle de l’accroissement du fossé de développement et de pauvreté entre le Nord et le Sud. L’Europe est actuellement le plus important partenaire de la région, représentant près de 50% de toutes les marchandises échangées. Il est dès lors de notre responsabilité de maintenir et de développer ces relations, et d’encourager les efforts pour mettre en place la Zone de libre-échange euro-méditerranéenne prévue à l’horizon 2010.

 

L.L.D. : Les pays méditerranéens devraient-ils être plus activement impliqués dans les questions de Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) ?

 

S.E.Mme E.P : La dimension qu’occupe le domaine de la sécurité au sein du Processus de Barcelone a été souligné dans sa Charte pour la Paix et la Stabilité. Il n’a cependant rencontrée qu’un succès modeste et des interrogations se posent sur son avenir. La PESD couvre aujourd’hui le monde entier. L’UE a démontré qu’elle était concrètement capable de promouvoir la paix et la sécurité, pas seulement dans son voisinage immédiat mais aussi dans n’importe quel continent ou zone géographique où une crise peut éclater et où l’aide de l’Europe peut être sollicitée. Certains « coins chauds » du sud de la Méditerranée peuvent à cet égard être perçus comme des zones potentiellement problématiques, offrant un refuge à des groupes ou des individus susceptibles de constituer une menace terroriste pour le continent européen.

Dans la mesure où l’UE s’efforce par ailleurs de promouvoir le développement de la région et de son économie, il est tout simplement naturel d’ouvrir un dialogue dans certains domaines de sécurité et sur les questions de défense. Depuis la réunion de Valence en 2002 qui avait pour objectif d’initier un dialogue sur certaines de ces questions, des progrès ont ainsi été réalisés, en particulier en matière de lutte contre le terrorisme. Ce qui est essentiel ici, c’est le degré de transparence et les résultats tangibles qui ont été obtenus, si l’on fait une comparaison entre les pays qui veulent accroître leurs liens avec l’UE en matière de PESD. Je dis « essentiel » car nous devons démontrer aux Etats qui maintiennent une certaine distance, tout en sachant qu’ils souhaitent initier jusqu’à un certain point des liens sur les questions de sécurité et défense, qu’un plus large engagement avec l’UE dans ces affaires n’accroît pas seulement leur crédibilité mais contribue également à combler les écarts dans d’autres domaines.

 

L.L.D. : Vous avez participé au Forum mondial de l’Eau qui s’est tenu à Mexico en mars dernier. Considérant la fragilité de l’environnement actuel, quelle importance peuvent jouer, selon vous, les ressources naturelles dans les questions de sécurité ?

 

S.E.Mme E.P. : Les ressources naturelles comme l’eau sont essentiel à la vie. Leur accès a donc été reconnu comme un droit fondamental de l’Homme. Elles représentent un enjeu majeur dans les zones où elles ne sont pas directement disponibles et dans les zones où elles sont le plus sollicitées ou mal gérées, créant automatiquement des risques d’insécurité.
  Le rapport que j’ai soumis au Conseil de l’Europe en décembre 2005 sur « La contribution de l’Europe à l’amélioration de la gestion de l’eau », a été adopté unanimement et a constitué une base de référence pour les discussions de Mexico. Je pense qu’il est assez important de souligner que le Forum de Mexico ait proposé et accepté que le Conseil de l’Europe soit l’un des organisateurs clé du prochain Forum mondial de l’Eau. J’ai décidé d’y proposer que les questions liées à la sécurité – en particulier dans la gestion des ressources hydrauliques partagées – soient placées au premier rang de son agenda de discussions.

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