Lundi 22 Avril 2019  
 

N°124 - Quatrième trimestre 2018

La lettre diplometque
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     Émirats Arabes Unis
 

Les Émirats Arabes Unis acteurs du nouvel équilibre du monde

Par M. Olivier Dassault,
Député de l’Oise, Président du Groupe d’amitié
France-Émirats Arabes Unis à l’Assemblée nationale

Plutôt qu’à un exercice d’histoire, la célébration du quarantième anniversaire de la Fédération des Emirats Arabes Unis nous invite à une réflexion prospective sur le rôle de cet État dans le nouvel équilibre du monde.
« À quarante ans, un homme a le visage qu’il mérite » considérait avec discernement Leonard de Vinci. Âge de l’aboutissement à la Renaissance, la quarantaine est, dans nos sociétés modernes, où la longévité de la vie ne cesse de croître, la période de la maturité et de la plénitude, le moment de tous les possibles.
Depuis son accession à l’autonomie, il y a quatre décennies, la Fédération des Émirats Arabes Unis, n’a cessé de se développer, en ne perdant jamais de vue sa cohésion propre, en gardant au cœur ses origines et ses racines profondes, héritées d’une histoire longue de plus de sept mille cinq cents ans, en affirmant à la fois la spécificité et la complémentarité de chacun des émirats qui la composent : Abou Dhabi, Ajman, Charjah, Dubaï, Fujaïrah, Ras al Khaïmah, Oumm al Qaïwaïn. Simultanément, à partir de son émancipation, cette entité politique régionale n’a eu de cesse de progresser en matière d’ouverture et de démocratisation, portant le flambeau de l’affirmation des droits essentiels et fondamentaux dans une région du monde connue depuis l’antiquité pour ses qualités de sagesse et de modération.
Avec l’adoption, à la suite d’une procédure référendaire, d’un texte constitutionnel moderne, la Fédération, guidée par un homme d’État visionnaire, Cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan, s’est engagée sur le chemin de l’ouverture, de la modernité et du pluralisme, avec des avancées significatives qui sont exemplaires, notamment sur les garanties des droits des justiciables, la qualité et la transparence des procédures législatives, les droits civiques et politiques des femmes, la tolérance ou le respect des identités. Avec des services publics et sociaux de grande qualité, ce pays de quatre millions d’habitants, où la lumière est d’une saisissante intensité, n’est plus seulement l’un des principaux producteurs mondiaux de pétrole ; il est aussi l’un des pionniers des énergies renouvelables au Moyen-Orient.
Grâce à la multiplicité de leurs centres d’intérêts, les Émirats Arabes Unis ont su mettre en place une ligne de développement économique audacieuse, notamment en gageant, il y a plus de trente-cinq ans, la diversification de leurs investissements sur les garanties offertes par leur fonds souverain. Appuyé sur les bénéfices du commerce d’hydrocarbures, cet outil monétaire est devenu, grâce à sa direction judicieuse un acteur économique majeur. Mais toujours avec une forme de modération et de sagesse.
Ainsi, si l’ADIA (Abou Dhabi Investment Authority, le fonds souverain d’Etat) est aujourd’hui un investisseur de référence dans de très nombreux domaines et dans la totalité des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), une simple analyse des actifs permet de se rendre compte qu’Abou Dhabi n’a pas de volonté hégémonique sur les entreprises dans lesquelles le fonds souverain prend des parts, mais cherche, au contraire, à rendre aussi durable et pérenne que possible le développement économique.
Cette politique mesurée a été une grande chance pour le pays tout entier lors des très fortes secousses de l’économie mondiale, ces dernières années. En effet, face à la crise de l’endettement et à  l’explosion de la bulle immobilière, Abou Dhabi, fidèle à la solidarité exemplaire qui unit les émirats de la Fédération, a pu soutenir les projets lancés à Dubaï, sans aggraver la crise présente par de l’endettement. Aujourd’hui, grâce à une situation saine, l’activité a pu reprendre avec dynamisme.
À travers cet exemple s’illustre l’une des vocations nouvelles des Émirats ; celle de son rôle de régulation et de stabilisation économique dans la région du Moyen-Orient. La solidité économique de la Fédération, sa cohésion, mais aussi son sens de la mesure sont des atouts considérables dans une période dominée par la forte montée en puissance des initiatives iraniennes, notamment grâce à des implications multiples dans les circuits bancaires et économiques dans cette zone du monde, en particulier au Liban, au Qatar ou à Dubaï. A l’image de l’attitude ferme mais constructive adoptée en 1971, lors de la prise militaire des îles de la Petite et de la Grande Tunb, appartenant à l’Émirat de Ras el Khaïmah, et qui ne s’était pas soldée par une escalade de tensions bellicistes mais par une habile négociation, les Émirats Arabes Unis permettent aujourd’hui de temporiser les tensions diplomatiques.
Cette volonté se retrouve aussi, bien entendu, dans la politique de coopération et de défense. Avec courage et détermination, la Fédération avait participé à la libération du Koweït en 1990-1991. Certains observateurs n’y voyaient, à l’époque, qu’une action régionale répondant à des intérêts locaux. Il n’en fut rien. Bien au contraire, c’est depuis cette période que s’est définie une doctrine en la matière, répondant aux exigences géostratégiques de la zone, mais aussi du monde nouveau, issu de la dissolution des blocs antagonistes de la Guerre froide. Il n’est ainsi pas surprenant que la Fédération ait participé aux opérations de rétablissement de la paix au Kosovo, sous mandat international. La création d’une base militaire aux Émirats, avec la France, en est également un symbole majeur. Depuis, les forces armées des Émirats Arabes Unis ont régulièrement été impliquées dans les initiatives globales, et, notamment, dans la coalition ayant permis la libération de la Libye.
Sur ce point, comme sur les autres, il convient de remarquer la volonté politique et la clairvoyance de Cheikh Khalifa bin Zayed Al Nahyan, dont la stature, le charisme personnel et les convictions très fortes assurent l’autorité et la popularité nécessaire à conduire vers le futur une grande nation.
Les feux récents de l’actualité, tant économique que géostratégique ne doivent pas faire oublier que la qualité exceptionnelle de la relation d’amitié franco-émirienne se fonde aussi sur des liens ancestraux, sans cesse régénérés et actualisés par de fructueuses coopérations scientifiques et techniques, la mise en œuvre de programmes de recherche et de développement, la réussite de partenariats éducatifs, de formation et d’éducation. Naturellement, aux yeux du monde, les symboles les plus éclatants prennent la forme de grandes initiatives culturelles, comme le Musée du Louvre d’Abou Dhabi ou l’ouverture du campus universitaire de la Sorbonne.
Dans la période extrêmement délicate pour l’équilibre des nations avec l’éclosion des mouvements de liberté nés des printemps arabes, la Fédération des Émirats Arabes Unis est un exemple de stabilité et un modèle à suivre pour inventer le futur que les peuples méritent.   

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