Lundi 22 Avril 2019  
 

N°124 - Quatrième trimestre 2018

La lettre diplometque
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     Roumanie
 

Roumanie d’aujourd’hui

Par le Professeur Jacques Barrat, Président du Forum académique franco-roumain (Académie roumaine-IFRI)*

Bastion avancé de la latinité à l’Est, ancrée néanmoins en plein cœur de l’Europe (Bucarest est équidistant de Brest et de l’Oural), la Roumanie tout aussi francophile que francophone, continue de vibrer à l’unisson du pays qui fut son allié de toujours : la France.
Les Français et les Roumains ont en effet toujours eu à cœur et fait en sorte de maintenir des relations particulières et privilégiées dans les périodes fastes comme dans les moments difficiles. Quand des crises ou des malentendus se font jour, ils ne peuvent être qu’éphémères et sans conséquences durables. Ce fut le cas récemment lorsque rompant avec des affinités nées sous Napoléon III, d’aucuns parlèrent d’axe privilégié Bucarest-Londres-Washington. Chacun peut s’en réjouir : l’incident est définitivement clos.
Aujourd’hui, la France n’est pas seulement un grand investisseur en Roumanie, un important partenaire commercial et un acteur plutôt efficace en matière de coopération et d’action culturelle. Alliée de tous les moments, elle a également accueilli une diaspora roumaine nombreuse et de haute valeur qui honore l’Hexagone et a aidé à la renommée internationale de Paris, ville qui doit beaucoup à ces « Roumains qui ont fait la France ». De plus, notre pays s’est toujours montré le meilleur avocat de la Roumanie sur la scène internationale, en particulier ces dernières années, quand trop nombreux étaient ceux qui voulaient lui dénier le droit de retourner en Europe ou en Occident en lui interdisant, par exemple, l’accès à l’Union européenne ou à l’OTAN.
Courageusement, la Roumanie affronte aujourd’hui les conséquences de quarante-cinq ans d’un socialisme particulièrement caricatural et destructeur, que son peuple n’avait d’ailleurs ni désiré, ni véritablement accepté.
La convalescence est donc longue. Mais contrairement à ce que des esprits chagrins avaient affirmé par volonté ou plaisir de dénigrement systématique, elle a changé vite, sinon très vite. En tout cas beaucoup plus vite que les plus optimistes – dont nous étions – n’avaient pu l’espérer en 1991 lorsque nous avions aidé à créer la Fondation européenne Nicolaï Titulescu. Son mérite, pendant près de 15 ans, fut d’aider à former de jeunes diplomates roumains et européens francophones, à leur faire prendre conscience de la dimension latine et européenne de ce pays.
Il y a sans aucun doute un miracle roumain. Le bilan économique de ces dix-huit dernières années le prouve s’il en était besoin. Il trouve ses racines profondes dans une sagesse qui peut aussi être doublée de débordements bénéfiques mêlés à un pragmatisme latin qui a imprégné le pays depuis la conquête romaine, il y a près de deux millénaires.
De plus, son courage, sa ténacité, sa détermination, ses capacités d’endurance, la chaleur de l’accueil qu’elle sait réserver à ses partenaires, le brillant de ses élites, les valeurs morales et spirituelles qu’elle partage pleinement avec l’Occident, font indéniablement de la Roumanie d’aujourd’hui un pays européen à part entière.
Mais située à un carrefour de civilisations et de cultures diverses et affirmées qu’elle a su assimiler, tout en restant un îlot de latinité, elle est par essence un pont naturel entre l’Occident et l’Orient. Elle peut donc, de ce fait, beaucoup apporter à l’Union européenne du XXIème siècle, dont la richesse procède d’abord de ses différences, mais plus encore de sa capacité rare dans le monde d’aujourd’hui, à comprendre les autres cultures, à les accepter. Elle peut aussi, parce que son orthodoxie a toujours regardé vers Byzance, aider les Occidentaux à mieux renouer avec les richesses culturelles créées par la deuxième Rome avant 1453.
Plus encore, les autres pays latins d’Europe, comme ceux des Amériques, privés pendant quarante-cinq ans d’une culture qu’ils ne connaissaient qu’à travers les émigrés roumains qu’ils avaient accueillis, ne peuvent que se réjouir de sa rentrée définitive dans le bercail des nations latines démocratiques.
La Roumanie a déjà beaucoup profité de son entrée dans l’Union européenne en 2007. Il lui faut maintenant prouver qu’elle méritait ce retour définitif dans le giron européen qu’elle n’aurait jamais dû quitter. C’est pourquoi il est logique que d’aucuns s’agacent que la Mer Noire soit aujourd’hui une mer russe, turque et américaine tant il est vrai que les Européens acceptent mal que des GI’s gardent les frontières orientales de notre continent. Toutefois, il faut comprendre que la responsabilité en incombe à l’Union européenne. N’ayant ni diplomatie, ni stratégie militaire communes à proposer pour sauvegarder les intérêts de notre continent, l’Union européenne a laissé les Etats-Unis d’Amérique combler ce grand vide.
Une conclusion s’impose concernant l’image de la Roumanie. Jusqu’en 2007, les médias occidentaux et français en particulier avaient caricaturé les problèmes rencontrés par ce pays. Le sort réservé à ses minorités, la prise en charge des enfants handicapés, la délinquance juvénile et les réalités de la corruption avaient été trop souvent mis en exergue comme si on trouvait là, les seules caractéristiques apparentes de notre sœur latine. Depuis l’année dernière, les choses ont heureusement changé, en bien, et les médias ont cessé d’attaquer systématiquement les efforts entrepris par ce pays pour passer du socialisme à la liberté. Nous sommes de ceux qui avons toujours préféré l’aide et les encouragements aux critiques stériles par trop souvent génératrices de replis identitaires.
Réjouissons-nous aussi que la diplomatie roumaine, qui fut si brillante dans l’entre-deux-guerres soit en train de redonner à cette nation qui fut toujours amie de la France, le rôle et le rayonnement qu’elle mérite sur notre continent et dans le monde. La qualité de ceux qui la représentent aujourd’hui y est pour beaucoup et permet de garder nôtre la réflexion de Titulescu : « Entre la France et la Roumanie, il ne faut jamais séparer le cœur de la raison. »

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