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  Jeudi 27 Avril 2017  
 

Quatrième trimestre 2016

La lettre diplometque
  Éditorial
Afghanistan
  Un nouvel élan pour l’économie afghane
 
  Que reste t-il de la France en Afghanistan ?
 
  Afghanistan : la quête de stabilité
 
  Une économie en transition
 
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Afghanistan : la quête de stabilité

Par M. Jean-Luc RACINE,
Directeur de recherche émérite au CNRS (Centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud, EHESS)
et Chercheur senior au Think-Thank Asia Centre

La Conférence de Bruxelles sur l’Afghanistan, qui a réuni début octobre 2016 75 pays et 25 organisations internationales, a fait le point sur la situation du pays, et sur ses perspectives de stabilisation. Dans son communiqué final, elle a pris note des « progrès importants » accomplis, mais aussi des « grands défis » qui restent à relever. Pour ce faire, les partenaires internationaux de l’Afghanistan ont réaffirmé leur engagement pour la « Décennie de la transformation » (2015-2024) ouverte après le retrait de l’essentiel des forces étrangères fin 2014. Ils se sont engagés sur un soutien financier de 13,5 milliards de dollars pour la période 2017-2020 « dans le cadre des responsabilités mutuelles » qui suppose que le gouvernement afghan mette en œuvre de multiples réformes, touchant entre autres à la gouvernance. L’Union européenne a été plus explicite en précisant que « le soutien tant politique que financier (… ) ira de pair avec la poursuite de réformes justifiées sur le terrain» . Le « partenariat pour la prospérité et la paix » confirmé à Bruxelles repose sur trois piliers : l’engagement afghan à développer les institutions et les structures étatiques prévues par le « Cadre national afghan pour la paix et le développement », complété par le  « Cadre pour l’autonomie par responsabilité partagée » ; le maintien des financements internationaux ; le soutien régional et international promouvant la coopération économique régionale, et « un processus politique menant à la paix durable et à la réconciliation », processus devant être défini et mené par les Afghans eux-mêmes.
Derrière cette rhétorique, qu’observe-t-on ? Sur le plan sécuritaire, les forces nationales afghanes, appuyées par les forces spéciales américaines, tiennent bon tant bien que mal face à la poussée des talibans, mais en essuyant, comme les civils, de lourdes pertes. Les tentatives de dialogue entre Kaboul et les insurgés ont avorté, comme ont tourné court les initiatives extérieures (États-Unis et Chine entre autres) pour les relancer. La carte pakistanaise jouée par le Président Ashraf Ghani a déçu, et les relations bilatérales sont redevenues tendues, après de multiples attentats à Kaboul, alors même que des factions de talibans pakistanais réfugiés en Afghanistan et certains talibans afghans ont prêté allégeance à Daesh, désormais pourvu d’une branche régionale, l’État Islamique au Khorasan, dont la direction talibane dénonce la légitimité. Sur le plan politique, le duumvirat Ashraf Ghani - Abdullah Abdullah porté au pouvoir après les élections présidentielles de 2014 reste un compromis délicat : la réforme constitutionnelle et la tenue des élections législatives sont encore à venir. Outre les jeux de pouvoir, sont aussi en débat le principe et les modalités d’un dialogue avec les talibans. Dans ce contexte, la situation économique s’est aggravée, accentuant les flux migratoires vers l’Europe.
Promue par les sommets annuels du processus d’Istanbul, dit « Cœur de l’Asie », l’intégration régionale, bloquée avec le Pakistan, avance à petits pas : des accords énergétiques et commerciaux sont signés avec les pays d’Asie centrale, tandis que la Chine, l’Inde et l’Iran cherchent à développer leur connectivité avec l’Afghanistan. Mais la question sécuritaire bloque encore nombre de projets. La France, pour sa part, a retiré ses troupes des forces de l’OTAN restant sur place, en raison de ses engagements sur d’autres fronts étrangers. Elle forme des gendarmes, appuie la police judiciaire, lutte avec d’autres contre les stupéfiants. Dans le cadre du Traité d’amitié et de coopération signé en 2012 avec Kaboul, elle joue surtout la carte de la formation, sur le plan des institutions (justice, administration locale) et sur le front du développement (santé, éducation, eau, agriculture), la présence culturelle établie de longue date étant maintenue avec l’Institut français et la Délégation archéologique.
Le 1er novembre 2016, devant ses plus hauts responsables de la sécurité et le Commandant des forces de l’OTAN en Afghanistan, le Président Ghani a défini 2015 comme l’année de la survie, 2016 comme celle de la défense intégrée (pas assez à son goût), 2017 comme celle d’une « mobilité fondamentale » : façon de souligner que l’incertitude demeure, et que les défis sécuritaires restent considérables. Mais l’objectif affiché reste le même : construire les conditions du succès pour 2019 — la fin de son (premier ?) mandat.

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