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  Jeudi 27 Avril 2017  
 

Quatrième trimestre 2016

La lettre diplometque
  Éditorial
Afghanistan
Bangladesh
  Trouver la bonne gouvernance sur les migrations
 
  Le Bangladesh, une stratégie réussie de lutte contre la pauvreté
 
  Le Bangladesh est prêt à approfondir ses relations avec l’Union européenne
 
  Le Bangladesh à l’avant-garde du maintien de la paix
 
  France et Bangladesh : des relations d’avenir
 
  L’éducation vecteur du rapprochement franco-bangladais
 
  Bandarban : une destination touristique merveilleuse au Bangladesh
 
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     Bangladesh
 
  S.E.M. / H.E. Shahidul ISLAM

Un engagement sur tous les fronts

Entretien avec S.E.M. Shahidul ISLAM,
Ambassadeur du Bangladesh en France et Délégué permanent auprès de l’UNESCO

Figurant parmi les premiers pays contributeurs des opérations de maintien de la paix des Nations unies, le Bangladesh a développé une diplomatie active sur nombre d’enjeux globaux : lutte contre le terrorisme, développement durable ou encore gestion des migrations. Ambassadeur du Bangladesh en France, S.E.M. Shahidul Islam, aborde pour nous les enjeux de ces engagements, ainsi que les principaux axes de la stratégie du Premier Ministre Sheikh Hasina en vue de favoriser la diversification de l’économie bangladaise.

La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, réélu le 5 janvier 2014, le Premier Ministre bangladais, Sheikh Hasina, aspire à faire entrer le Bangladesh au sein du groupe des pays à revenu intermédiaire d’ici 2021, année du 50ème anniversaire de son indépendance. Comment décririez-vous les progrès accomplis par votre pays, notamment en vue d’atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) ?

S.E.M. Shahidul ISLAM : Grâce au solide leadership du Premier Ministre Sheikh Hasina et aux efforts méritants de notre peuple, des progrès significatifs ont été obtenus : augmentation des revenus par habitant, réduction de la pauvreté et, en 2015, classement par la Banque mondiale du Bangladesh dans les pays à revenu faible intermédiaire. Au cours des sept dernières années, notre pays a maintenu une croissance annuelle de 6%. Pour la première fois de notre histoire, le dernier exercice fiscal (juillet 2015 - juin 2016) indique une croissance de 7%, et nous espérons maintenir un taux de croissance de 7% pour devenir un pays à revenu intermédiaire d’ici à 2021.
Le Bangladesh peut se targuer de progrès remarquables dans de nombreux domaines : lutte contre la pauvreté, sécurité alimentaire, taux de scolarisation dans l’enseignement primaire, parité filles-garçons dans l’éducation primaire et secondaire, réduction du taux de mortalité infantile et des nourrissons et du taux de mortalité maternelle, amélioration de la couverture vaccinale, et enfin réduction de l’incidence des maladies transmissibles conformément aux objectifs de développement durable (ODD). De plus, le Bangladesh va capitaliser sur ces réalisations pour atteindre les objectifs du développement durable d’ici à 2030, avec une attention particulière portée à l’élimination de la pauvreté. Nous prévoyons également d’atteindre la parité dans l’éducation supérieure et d’éliminer les mariages d’enfants d’ici à 2030.  

L.L.D. : Depuis 2010, le Bangladesh affiche une progression soutenue de son PIB de plus de 5% par an en moyenne. Quels sont les principaux moteurs de cette dynamique ? Comment sont redistribués les bénéfices de cette croissance économique, notamment en vue de faire diminuer le taux de pauvreté du pays ? Quels efforts sont consacrés à l’éducation ?

S.E.M.S.I. : Une forte agriculture, de bonnes performances à l’exportation et les transferts de fonds des travailleurs émigrés sont les principaux moteurs de la croissance économique soutenue du Bangladesh. Dans le dernier exercice fiscal (juillet 2015-juin 2016), les exportations représentent 34 milliards de dollars. Si nous détaillons les revenus de l’exportation, l’industrie du textile et du prêt-à-porter contribue pour 82,04%, suivie du jute et des articles en jute (2,69%), du textile ménager (2,20%), de la chaussure (2,09%), du cuir et de la maroquinerie (1,91%), des crevettes et des aliments surgelés (1,56%), et enfin de l’ingénierie légère (1,25%). Notre croissance économique s’appuie également sur des dépenses publiques massives dédiées à la construction de larges projets d’infrastructures, tels que des routes, des ponts, des centrales électriques et des ports maritimes. L’an dernier, notre pays a reçu plus de 15 milliards de dollars en transferts salariaux des travailleurs émigrés bangladais. Le Bangladesh dispose de plus de 30 milliards de dollars de réserves en devises étrangères, qui le placent dans une situation confortable au regard de la balance globale des paiements.
La croissance économique des dernières années a permis une réduction drastique du pourcentage de la population vivant sous le niveau de pauvreté. Ce pourcentage est passé de 57% en 1990 à 22% en 2016, et le taux d’extrême pauvreté a été ramené à 12,9%. Le Bangladesh espère éradiquer l’extrême pauvreté d’ici à 2030, conformément aux ODD. La croissance économique est redistribuée aux pauvres et aux segments marginalisés de la société par le biais de divers programmes sociaux, y compris le programme « argent-contre-travail », afin de créer des emplois, mettre un terme à la famine saisonnière, augmenter le salaire minimum pour les travailleurs, assurer le paiement d’allocations mensuelles aux veuves et aux personnes âgées. En octobre 2016, le gouvernement a introduit la distribution de riz à prix subventionné pour les segments pauvres et vulnérables de la population.
La priorité maximum est accordée à l’éducation, notamment pour les filles. L’éducation primaire est gratuite pour tous, mais cette gratuité cesse pour les filles à partir du secondaire. Le gouvernement distribue des manuels scolaires gratuits aux élèves du primaire et du secondaire. Des déjeuners gratuits sont servis dans les écoles pour combattre le décrochage scolaire. Au cours des sept dernières années, 1 125 nouvelles écoles primaires ont été mises en service et 5 017 écoles ont été ou sont en cours de rénovation. Pendant la même période, 34 895 nouveaux enseignants ont été affectés aux écoles primaires. En 2015, 13 millions d’élèves du primaire et 3,8 millions d’étudiants du secondaire ont bénéficié d’allocations pour soutenir leurs familles nécessiteuses.

L.L.D. : Pays le plus densément peuplé du monde, l’économie bangladaise s’appuie principalement sur ses vastes ressources en main d’œuvre. Alors que l’industrie textile représente 80% des exportations du pays, comment appréhendez-vous les injustices sociales qui caractérisent ce secteur d’activité et comment les autorités y font-elles face ? À l’image de la création de technopoles tels que le Kaliakoir High Tech Park, quelles sont les filières d’avenir pour la diversification économique de votre pays ?

S.E.M.S.I. : L’industrie du textile et du prêt-à-porter a contribué à la création de millions d’emplois au Bangladesh. Dans cette industrie, plus de 80% des 4 millions de travailleurs sont des femmes ; ceci contribue à l’autonomisation des femmes et à la parité professionnelle. Le Bangladesh est convaincu que la croissance économique doit aller de paire avec les droits et la sécurité des travailleurs. En 2013, suite à un accident majeur dans une entreprise de prêt-à-porter, le gouvernement du Bangladesh a collaboré avec l’Union européenne (UE), les états-Unis et l’Organisation internationale du Travail (OIT) pour améliorer la législation du travail et les conditions de sécurité professionnelle. Le gouvernement a facilité l’activité syndicale dans les entreprises du textile et plus d’inspecteurs ont été recrutés pour renforcer l’évaluation de la sécurité de l’ensemble de toutes les usines de textile et de prêt-à-porter. De plus, le gouvernement a fixé le salaire des travailleurs de ce secteur industriel à 6 000 taka (soit 75 euros), une somme qui peut sembler très faible au regard des normes européennes mais qui représente une augmentation immédiate de 75%. Les salaires des employés qualifiés sont plus élevés. Les salaires des travailleurs restent bas pour deux raisons : premièrement, les travailleurs acceptent des conditions de travail défavorables à cause de la pauvreté, et deuxièmement, les marques et les distributeurs ont tendance à payer des prix bas pour les produits.  En dépit de ces problèmes, les salaires et autres avantages accordés aux travailleurs augmentent ensemble avec le progrès global de l’économie.
Les efforts de diversification de l’économie se poursuivent avec le soutien du gouvernement et des partenaires de développement dont l’UE. Nous avons identifié l’agro-alimentaire, la pharmacie, les technologies de l’information et de la communication (TIC), la chaussure, la construction navale, et l’ingénierie légère comme secteurs prometteurs de l’économie. En plus du parc technologique de Kaliakoir (Kaliakoir High Tech Park), un village industriel dédié à la tannerie a été créé à Savar, et un parc pharmaceutique à Munshigonj. De plus, en parallèle des huit zones franches industrielles d’exportation (EPZ), le gouvernement est en passe d’établir cent zones économiques spéciales (SEZs) dédiées aux investissements étrangers et domestiques. Des hommes d’affaires chinois, japonais et coréens ont exprimé un fort intérêt en vue de relocaliser des unités de production dans ces zones économiques spéciales.

L.L.D. : Au cours de la dernière décennie, les flux d’investissements directs étrangers au Bangladesh ont plus que doublé, atteignant 1,8 milliard de dollars en 2015. Quels facteurs expliquent, selon vous, le décollage récent de l’attractivité de votre pays ? Comment votre gouvernement entend-il continuer à en améliorer le cadre des affaires ? Fort de la présence parfois ancienne d’entreprises françaises sur le marché bangladais, quelles opportunités pouvez-vous identifier en faveur de l’essor des échanges économiques franco-bangladais ?

S.E.M.S.I. : La Banque mondiale a classé le Bangladesh au 20ème rang sur 187 en termes de protection des investissements, ce qui fait de notre pays la meilleure destination pour les investisseurs en Asie du Sud (Rapport Doing Business, publié par l’IFC). Le Bangladesh dispose d’une vaste réserve de jeunes travailleurs motivés, ouverts aux formations. Ce large segment de population, d’une moyenne d’âge de 26,3 ans, garantit une source durable de travailleurs pour le secteur manufacturier à forte intensité de main-d’œuvre. Les prix des services publics tels que le gaz, l’électricité et autres commodités sont faibles comparés aux autres pays d’Asie. Au cours de la dernière décennie, le développement d’une classe moyenne bénéficiant d’une croissance économique soutenue a également garanti un large marché domestique de biens de consommation.
Les congés fiscaux, le rapatriement total des capitaux et des bénéfices, et une garantie souveraine contre tout risque d’expropriation, font du Bangladesh un pays propice aux investissements et devraient donc attirer les investisseurs français. Avec 280 millions de dollars, l’entreprise Lafarge-Surma Company Limited est l’un des plus gros contributeurs d’investissements directs étrangers du Bangladesh. Thales, une entreprise française, construit notre premier satellite (Bangabandhu satellite-1) et Oberthur Technologies produit des cartes nationales d’identité dans notre pays. Il est prévu que Technip, autre entreprise française, construise une raffinerie de pétrole, pour un montant de 2 milliards de dollars.  Les entreprises françaises sont bien placées pour investir dans les routes, les chemins de fer, les transports urbains et l’urbanisme, le traitement des eaux, la production électrique, la pharmacie, les TIC, l’industrie agro-alimentaire, les textiles haut de gamme et le tourisme. D’ici à 2040, le Bangladesh devra disposer d’une capacité de production électrique de 60 000 MW, et l’énergie nucléaire a été identifiée comme l’une des solutions pour y parvenir. La France a la possibilité de construire une centrale nucléaire au Bangladesh. Il existe également d’énormes potentiels de développement des compétences et de transferts de technologies dans les énergies renouvelables et l’économie bleue.

L.L.D. : Situé à la charnière de l’Asie du Sud et de l’Asie du Sud-Est, le Bangladesh a vocation à devenir un pays pivot du commerce régional. À l’instar du projet ferroviaire récemment lancé pour relier Dacca à ses provinces occidentales, quels sont, selon vous, les projets les plus emblématiques du programme de renforcement des infrastructures bangladaises ? Quelle attention est-elle plus spécifiquement portée au secteur énergétique ?

S.E.M.S.I. : Le Bangladesh s’est lancé dans une immense dynamique de développement d’infrastructures modernes, y compris des routes et des autoroutes, des ponts, des chemins de fer, des centrales électriques, des satellites, des raffineries de pétrole, des ports maritimes et des aéroports. Le pont de Padma (6 km de longueur), d’un coût de 3 milliards de dollars, est en cours de construction avec des financements propres au Bangladesh. Une fois terminé, ce pont établira une liaison entre la capitale, Dacca, et les districts du sud-ouest avec un impact majeur sur l’économie de cette région. Les voies ferrées entre le Bangladesh, l’Inde, le Myanmar et la Chine font l’objet de travaux d’extension et de modernisation. Les autoroutes entre Dacca et la ville portuaire de Chittagong, et entre Dacca et la ville de Mymensingh, au nord du pays, sont en cours de restauration. Des centrales électriques et des terminaux pour GNL sont en cours de construction afin d’assurer l’énergie électrique nécessaire au soutien du développement industriel. Afin d’améliorer la circulation automobile de Dacca, un métro est en passe d’être mis en œuvre avec une assistance japonaise. Un port en eaux profondes est en cours de construction à Payra, comme troisième plate-forme maritime destinée au soutien du transport maritime en pleine expansion.
Actuellement, le Bangladesh dispose d’une capacité de production électrique de 12 000 MW. D’ici à 2021, la demande en électricité atteindra 20 000 MW et 60 000 MW en 2040. Cette augmentation rendra nécessaire la construction d’une centrale électrique thermique, d’une centrale nucléaire et le développement de sources d’énergie renouvelable. Le développement de notre secteur énergétique présente d’immenses opportunités pour les entreprises privées et publiques françaises.

L.L.D. : Malgré les bénéfices du décollage économique de l’Inde et de la Chine, votre pays doit toujours composer avec la rivalité géopolitique de la région. Compte tenu de l’annulation du Sommet de l’association d’Asie du Sud pour la coopération régionale (SAARC) qui devait se tenir les 15 et 16 novembre 2016, comment analysez-vous la récente montée des tensions entre l’Inde et le Pakistan et son impact sur la stabilité de l’Asie du Sud ? Quel rôle pourrait jouer la diplomatie bangladaise afin d’apaiser ces différents et accélérer le processus d’intégration régionale initié en 1983 par le Bangladesh au travers de la SAARC ?

S.E.M.S.I. : Peu de temps après l’accession du Bangladesh à l’indépendance en 1971, le père fondateur de la nation, Sheikh Mujibur Rahman a basé sa politique étrangère sur l’axiome suivant : « main tendue à tous, sans malice secrète ». Dans le cadre de cette vision, la SAARC (Association d’Asie du Sud pour la coopération régionale) a été créée comme première initiative régionale d’Asie du Sud destinée à promouvoir la coopération pour le développement et la paix entre les nations de cette région.  Le Bangladesh reste en pointe dans la promotion de l’intégration régionale en Asie du Sud pour faire avancer la paix, la stabilité et le développement économique de la sous-région. Toutefois, il est apparu que, parmi les pays d’Asie du Sud, tous n’étaient pas prêts à enterrer les anciennes rivalités et à s’engager vers une destinée commune des peuples de cette région. En particulier, le Pakistan a persisté à s’immiscer dans les affaires intérieures du Bangladesh, ce qui n’aide en rien les relations bilatérales et ne correspond pas à l’esprit du SAARC. Nous espérons que tous les membres de l’Association s’engageront avec un esprit ouvert afin de revitaliser cette organisation régionale.
Dans le même temps, d’autres initiatives régionales sont en œuvre : l’initiative BBIN (Bangladesh, Bhoutan, Inde et Népal) visant à améliorer la connectivité tel que prévu dans la charte de la SAARC pour les regroupements sous-régionaux, le BCIM-EC, couloir économique Bangladesh, Chine, Inde, Myanmar conçu pour la promotion de la coopération économique entre ces pays, et enfin la BIMSTEC, l’initiative du Golfe du Bengale pour la coopération technique multisectorielle avec la participation du Bangladesh, de l’Inde, du Myanmar, du Sri Lanka, de la Thaïlande, du Bhoutan et du Népal. Le Bangladesh s’implique ainsi fortement dans l’ensemble des initiatives de coopération sous-régionale. 

L.L.D. : S’exprimant lors de la 71ème conférence de l’Assemblée générale de l’ONU le 21 septembre 2016, le Premier Ministre Sheikh Hasina a déploré la « nouvelle vague de terrorisme » à laquelle se trouve confronté le Bangladesh. Quelle approche préconise-t-elle face à ce défi et en particulier en matière de déradicalisation ? Tenant compte de la visite officielle que devrait effectuer le Pape François au Bangladesh en 2017, quels partenaires extérieurs privilégie votre pays dans ce domaine ? Au-delà, quels sont les objectifs du futur Centre sur la construction de la Paix qui doit être créé à Dacca ?

S.E.M.S.I : Concernant le terrorisme et l’extrémisme violent, le Bangladesh applique une politique de « tolérance zéro ». Le Premier Ministre Sheikh Hasina est déterminé à combattre par tous les moyens, toutes les formes de terrorisme et d’extrémisme violent. Lors de ses messages de condamnation des attentats terroristes de janvier 2015 (Charlie Hebdo, à Paris), de novembre 2015 (Bataclan, à Paris) et de juillet 2016 (à Nice), le Premier Ministre a réitéré ses propos : « Les terroristes sont des terroristes, quels que soit leur couleur, leur crédo ou leur religion et ils n’ont pas leur place dans les sociétés civilisées. » 
Suite aux attentats terroristes de Gulshan, à Dacca, le 1er juillet 2016, des mesures policières et la campagne de déradicalisation ont été renforcées, de même que des mesures de sécurité ont été adoptées dans tous le pays pour éviter la répétition de tels incidents. La police enquête sur ces incidents et a identifié les criminels dont la plupart ont été arrêtés. Les forces de police cherchent à savoir si les terroristes ont été guidés par des groupes terroristes internationaux. Le gouvernement est déterminé à briser les liens entre le terrorisme, l’extrémisme et la radicalisation et à les éradiquer tous du Bangladesh. Le Premier Ministre a averti que des actions fermes seront engagées contre toute personne impliquée dans un « faux prêche destiné à pousser les jeunes vers la mort et l’enfer ».
Dans son ensemble, le peuple du Bangladesh est laïc et libéral. Il considère que les terroristes pratiquent un dévoiement de l’Islam par des actes haineux menés au nom de cette religion. Une campagne massive de déradicalisation a été lancée avec l’implication de l’administration, de la société civile, des leaders religieux, des autorités scolaires et universitaires, des parents et des étudiants, afin d’empêcher les prédicateurs de la haine de recruter parmi notre jeunesse. Le gouvernement du Bangladesh vient également d’actualiser toutes les lois nationales qui régissent le terrorisme, le financement du terrorisme, le blanchiment d’argent, et l’extrémisme violent, afin que ces textes soient en conformité avec les normes internationales les plus rigoureuses, y compris le décret sur la prévention du blanchiment d’argent de 2012, le décret sur l’assistance juridique mutuelle de 2012 et le décret anti-terroriste de 2013.
Le Comité national de coordination du renseignement (NCIC), conduit par le Premier Ministre, supervise et oriente la réponse politique en lien avec les données et le renseignement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. Le Comité national pour la prévention et la résistance contre le militantisme (NCMRP), présidé par le Ministre de l’Intérieur, analyse les menaces terroristes et extrémistes, et suggère des mesures légales ou administratives appropriées pour lutter contre elles. De plus, l’unité du renseignement financier du Bangladesh (BFIU), avec le soutien de la Cellule centrale de renseignement de l’administration nationale des douanes travaille sur les origines des flux de financement du terrorisme et de l’extrémisme violent. En février 2016, le gouvernement a lancé une unité spécialisée du contre-terrorisme et contre le crime transnational (la CTTC) sous le contrôle de la police du Bangladesh, pour combattre le militantisme, l’extrémisme violent, la cybercriminalité et le financement du terrorisme.
Le terrorisme est un défi mondial qu’aucun pays ne peut relever seul. Seuls des efforts coordonnés et concertés permettront de traiter cette menace mondiale. Le gouvernement maintient une politique stricte interdisant l’utilisation du territoire souverain du Bangladesh à des fins de terrorisme contre un autre pays. Le Bangladesh poursuit son étroite collaboration avec d’autres pays, organisations régionales et avec les Nations unies pour combattre cette menace. Nous espèrons que la communauté internationale lui apportera son soutien dans le combat contre les défis communs du terrorisme et de l’extrémisme violent.
Le Bangladesh s’honore de la dimension multiculturelle et multiconfessionnelle de sa société. Dans notre pays, la laïcité s’exprime non par l’absence de religion, mais par la présence de tous les groupes religieux libres de prêcher et de pratiquer leurs croyances. La visite de sa Sainteté le Pape François au Bangladesh en 2017 va renforcer notre engagement de préservation du tissu laïc et tolérant de la société bangladaise. Notre gouvernement et notre peuple, dont la communauté catholique, assureront les normes les plus rigoureuses dans le domaine de la sécurité, du protocole et du respect du Pape.

L.L.D. : En marge du premier sommet consacré par les Nations unies aux réfugiés et aux migrants, le chef du gouvernement bangladais s’est entretenu avec le Ministre des Affaires étrangères myanmarien, Mme Aung San Suu Kyi. Quelles sont vos attentes à l’égard de cette concertation pour le développement des relations banglado-myanmariennes ? Dans quelle mesure ce dialogue s’inscrit-il dans le cadre des initiatives bangladaises en vue de resserrer les liens avec l’ASEAN et ses pays membres ?

S.E.M.S.I. : Le Bangladesh entretient des relations économiques et politiques étroites avec l’ASEAN, à la fois collectivement en tant que bloc régional et individuellement avec chacun des états membres. La coopération existant avec les pays de l’ASEAN offre de gigantesques potentiels dans les domaines du commerce, du tourisme, de la culture et du partage des compétences. Le Bangladesh a rejoint le Forum régional de l’ASEAN et le pays se situe aujourd’hui directement à ses portes occidentales. Il est désireux d’élargir ses relations économiques avec les pays membres de l’ASEAN dans les prochains jours. 
Notre pays attache beaucoup d’importance à ses relations avec le Myanmar, son plus proche voisin géographique et membre de l’ASEAN. Le Bangladesh s’est lancé dans de sincères efforts pour renforcer les relations avec le Myanmar par le biais du dialogue et d’échanges ainsi que par l’établissement de liaisons physiques routières et ferroviaires. Nos deux pays font partie des initiatives sous-régionales du BCIM-EC et du BIMSTEC. Le Bangladesh est convaincu que le Myanmar répondra positivement aux propositions d’ouverture du Bangladesh et que nos deux pays seront à même d’établir des liens économiques et politiques mutuellement bénéfiques. Le peuple du Bangladesh, épris de démocratie, voue un grand respect à la figure politique du Myanmar, Mme Aung San Suu Ki, et la rencontre entre le Premier Ministre Sheikh Hasina et Mme Suu Ki, Ministre des Affaires étrangères du Myanmar, reflète l’affinité inhérente entre ces deux démocrates.
Il est à noter qu’actuellement, près de 500 000 citoyens du Myanmar de la province du Rakhine sont venus trouver refuge au Bangladesh. Nous espérons que les leaders démocratiques du Myanmar prendront toutes les mesures nécessaires afin que ces réfugiés puissent regagner leur pays en toute sécurité et qu’il n’y aura plus de nouvelles arrivées de réfugiés du Myanmar au Bangladesh.  

L.L.D. : La première ambassade franco-allemande a été inaugurée à Dacca le 21 septembre 2015. Comment avez-vous accueilli cette initiative ? Comment peut-elle contribuer à l’approfondissement des liens de coopération entre le Bangladesh et l’Union européenne qui demeure par ailleurs le premier partenaire commercial de votre pays ? Comment souhaiteriez-vous voir celle-ci évoluer ?

S.E.M.S.I. : Nous sommes très heureux d’accueillir la première ambassade commune franco-allemande construite à Dacca. La cérémonie d’inauguration de ce bâtiment le 21 septembre 2015, a également été une rare occasion d’une visite commune des Ministres des Affaires étrangères de France et d’Allemagne, posant la pierre angulaire des relations entre le Bangladesh et l’UE. Nous ne pouvons qu’insister encore sur nos relations avec l’UE ; nous coopérons étroitement avec l’UE dans le commerce, les investissements, la coopération pour le développement, la démocratisation et l’élimination de la pauvreté. L’Allemagne et la France sont deux importantes destinations des exportations du Bangladesh vers l’UE où tous les produits bénéficient d’un accès commercial en franchise de droits. La France et l’Allemagne collaborent avec le Bangladesh sur diverses questions internationales allant du développement durable et la préparation au changement climatique, à la culture et aux droits de l’homme. 
L’établissement de l’ambassade franco-allemande de Dacca porte également une grande valeur symbolique pour toute la région de l’Asie du Sud : les nations de cette région peuvent y voir une source d’inspiration les conduisant à enterrer leurs anciennes rivalités et à s’engager dans une étroite collaboration pour leurs bénéfices mutuels. Le Ministre des Affaires étrangères du Bangladesh et député, M. Abul Hassan Mahmood Ali, a déclaré que cette ambassade commune n’est pas « seulement unique », mais qu’elle constitue également un exemple de coexistence dans « la paix, la coopération et l’harmonie ».
Le soutien continu de l’UE au cours des années a contribué significativement à la croissance et au développement du Bangladesh, en faisant l’une des économies mondiales avec le plus fort taux de croissance. L’UE est le premier partenaire commercial du Bangladesh, comptant près de 24% des échanges totaux en 2015. L’UE est également restée une source majeure d’assistance au développement pour notre pays. La récente croissance économique du Bangladesh s’est traduite par des progrès significatifs dans la lutte contre la pauvreté, pour la sécurité alimentaire, la croissance économique, la création d’emplois, l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes, l’augmentation de la production agricole, la réduction de l’illettrisme, etc. En conséquence, les relations Bangladesh-UE seront amenées à se transformer pour passer d’une relation initiale donateur-receveur à un rapport basé sur des intérêts mutuels ancrés dans des valeurs partagées de démocratie, de pluralisme, de tolérance, de droits de l’homme, d’État de droit et de bonne gouvernance, ainsi que sur le commerce et les investissements. Dans les prochaines années, les relations Bangladesh-UE devraient se diversifier et évoluer de l’actuelle coopération centrée sur l’aide au développement vers une forme plus élargie de partenariat économique dans le cadre duquel la promotion de l’investissement, l’amélioration des compétences, la connaissance et l’innovation, les transferts technologiques, la diversification des exportations et l’amélioration de la productivité deviendraient des éléments de plus en plus proéminents. De plus, le Bangladesh pourrait très largement bénéficier d’une coopération et d’une assistance directe dans le développement d’infrastructures, le développement de capacités humaines et institutionnelles centrées sur l’adaptation aux catastrophes naturelles, le soutien technologique à l’agriculture durable et les pratiques de culture agricole adaptées aux conditions climatiques, le soutien global à la croissance verte. De plus, le traitement de questions globales allant de la paix et de la sécurité internationales dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, à la coopération pour faire face au changement climatique et la gouvernance des migrations feront partie des principaux éléments du partenariat Bangladesh-UE.

L.L.D. : Le Bangladesh et la France célèbreront le 14 février 2017 le 45ème anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques. Quel regard portez-vous sur l’évolution de ces liens ? Alors que l’Agence française de Développement (AFD) a ouvert un bureau dans votre pays depuis mai 2013, comment la coopération entre les deux pays pourrait-elle être davantage accrue ? À l’instar de la culture, traditionnellement au cœur des relations bilatérales, et, plus récemment, de la lutte contre le réchauffement climatique, quels pourraient être les nouveaux domaines de concertation entre les deux pays ?

S.E.M.S.I. : Le peuple du Bangladesh porte une grande admiration à la France pour son soutien lors de notre guerre de libération de 1971. Nous gardons particulièrement en mémoire le soutien du philosophe et homme politique français André Malraux, pour son engagement dans le combat pour l’indépendance du Bangladesh. Notre gouvernement lui a attribué le titre « d’ami d’honneur du Bangladesh » en 2012 et un jardin Malraux a été inauguré à Dacca en 2015. La France a été l’un des premiers pays européens à reconnaitre le Bangladesh indépendant dès le 14 février 1972. Depuis, les relations entre les deux pays se sont élargies et approfondies, couvrant une large gamme de domaines tels que les relations politiques, la coopération économique, le partenariat pour le développement, la lutte contre le réchauffement climatique, le combat contre le terrorisme. Le Bangladesh considère la France comme un partenaire dans notre quête de développement économique et de processus de démocratisation. Nos deux pays partagent des valeurs de démocratie, de liberté et de dignité de la personne humaine. Ces valeurs communes constituent une solide fondation pour une collaboration sur des questions internationales dont notamment le combat contre le terrorisme et l’extrémisme violent, la lutte contre les effets indésirables du changement climatique et la promotion de la paix et de la stabilité dans le monde. Sur un plan bilatéral, la coopération économique devient un domaine essentiel de notre coopération. Nous ne pouvons que louer la participation d’entreprises françaises dans la construction d’infrastructures et le développement urbain. Nous sommes très heureux de la présence de l’AFD au Bangladesh depuis 2013 et de sa participation aux projets de développement dans les domaines de l’eau, de l’assainissement et du développement urbain. Au cours des trois dernières années, l’AFD a engagé 300 millions d’euros dans différents projets correspondant à ses mandats. L’AFD peut également aider le Bangladesh dans son adaptation au changement climatique et la fourniture de technologie pour la croissance verte. 
La coopération culturelle et les échanges interindividuels constituent un levier important du renforcement de notre compréhension et de notre coopération. Nos deux peuples sont fiers de leurs héritages culturels, de leurs langues et de leurs expressions culturelles contemporaines. Le Bangladesh remercie la France pour sa mission de coopération archéologique à Mahasthangarh depuis 1993. L’Alliance française au Bangladesh propose des cours de français aux soldats bangladais sélectionnés pour servir sous le drapeau des casques bleus des Nations unies dans les pays francophones. La France peut également assurer des opportunités de formation pour nos professionnels et nos artistes, et d’assistance technique pour le développement de notre tourisme et de nos industries de la création.
Nous préparons la célébration du 45ème anniversaire de nos relations diplomatiques par le biais de plusieurs évènements, y compris la publication de la version française des mémoires incomplètes du père fondateur du Bangladesh, Banganabdhu Sheikh Mujibur Rahman, l’exposition des œuvres de peintres bangladais à Paris et la présentation de groupes culturels bangladais en France. Nous organiserons également une Semaine du film bangladais en collaboration avec le département de bengali de l’Institut national des langues et des civilisations orientales (INALCO) pour les spectateurs français.

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