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  Jeudi 27 Avril 2017  
 

troisieme trimestre 2016

La lettre diplometque
  Préfaces | Les Émirats Arabes Unis et la France : 45 ans de renforcement des liens
Préfaces | France-Émirats Arabes Unis : une relation solide et ambitieuse
Le Dialogue stratégique franco-émirien, fruit de 45 ans de coopération privilégiée
Une puissance arabe de plus en plus influente
Finance, transports, aéronautique, espace : une économie au cœur de la mondialisation
Les Émirats, caisse de résonance d’influences culturelles multiples
  L’Île de Saadiyat met la culture à l’honneur
 
  Émirats - UNESCO : une alliance d’idées et d’idéaux
 
  L’Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi : une réussite de la coopération franco-émirienne
 
  L’Alliance française d’Abu Dhabi, fer de lance de la Francophonie aux Émirats
 
  Une perspective française des Emirats Arabes Unis
 
  La perception émirienne de la question religieuse
 
  Lycée Louis-Massignon : une présence historique aux Émirats
 
  Lycée Louis-Massignon : une présence historique aux Émirats
 
  Les élèves d’aujourd’hui sont les acteurs de demain
 
  Un mécénat exceptionnel de l’Émirat d’Abu Dhabi
 
 
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     Les Émirats, caisse de résonance d’influences culturelles multiples
 
 

Carrefour des échanges économiques entre l’Orient et l’Occident, les Émirats Arabes Unis sont aussi parvenus, en l’espace de 45 ans, à s’affirmer comme l’un des pôles culturels les plus dynamiques du Moyen-Orient. Une émergence que consacre l’achèvement du Louvre Abu Dhabi, dont l’inauguration est prévue en 2017, en même temps qu’il cimente leur partenariat privilégié avec la France. 

Bonaparte franchissant les Alpes (1803) de Jacques-Louis David, Le Fifre (1866) d’Edouard Manet, La Belle Ferronnière de Léonard de Vinci ou l’Apollon du Belvédère du Primatice… Ce ne sont que quelques-uns des chefs-d’œuvre qui figurent parmi les 300 pièces prêtées par les plus grands établissements français au tout nouveau Louvre Abu Dhabi pour son année d’ouverture. 

Elles côtoieront les acquisitions du musée comme Princesse de Bactriane, une Vierge à l’Enfant de Bellini ou Composition avec bleu, rouge, jaune et noir (1922) de Piet Mondrian provenant de la collection Yves Saint Laurent-Pierre Bergé. Des ensembles d’une grande richesse, flirtant parfois avec l’art contemporain comme en témoignent les œuvres acquises de Cy Twombly ou Yan Pei-Ming, et qui traduisent la vocation universaliste du Louvre Abu Dhabi. 

Dix ans après l’accord intergouvernemental conclu en 2007 entre la France et les Émirats Arabes Unis, le Louvre-Abu Dhabi émerge sur l’île de Saadiyat qui jouxte la capitale émirienne. Une œuvre colossale conçue par l’architecte français Jean Nouvel avec son dôme ajouré de 180 mètres de diamètre. 

S.A. Sheikh Abdallah bin Zayed Al Nahyan n’a pas hésité à le qualifier « d’un des plus ambitieux projets culturels du XXIème siècle, qui représente le fruit des liens culturels entre les deux pays ». Le chef de la diplomatie émirienne s’exprimait à l’occasion de l’inauguration du Centre Zayed au Musée du Louvre à Paris, le 5 juillet 2016. Il avait alors ajouté : « J’ai confiance, en particulier en cette période qui voit le Moyen-Orient exposé à des incidents tragiques et graves dont les conséquences sanglantes se sont ressenties jusqu’en France et dans d’autres pays du monde, en la capacité de ce genre de liens culturels solides (…) à ouvrir la voie, pour les peuples et les cultures à travers le monde, à la coopération plutôt qu’à la promotion du désaccord. »

Premier musée au monde né d’un accord diplomatique, le Louvre Abu Dhabi témoigne des aspirations des Émirats Arabes Unis sur la scène culturelle internationale. Un projet à la mesure des investissements requis : près de 580 millions d’euros pour la construction du bâtiment et jusqu’à 1 milliard d’euros pour l’expertise de la France. Sur ce plan, l’Agence France-Muséum joue un rôle stratégique en vertu du contrat qu’elle a signé le 7 janvier 2008 avec la Tourism Development & Investment Company. Parmi les prestations qu’elle doit assurer pour une durée de vingt ans, figurent l’organisation des prêts des collections françaises et d’expositions temporaires ainsi que le conseil à la constitution d’une collection permanente. 

Plus encore, l’ouverture du Louvre Abu Dhabi marquera le point d’orgue de la montée en puissance du partenariat franco-émirien avec l’instauration d’un dialogue stratégique. Celui-ci a d’ailleurs inclu l’organisation d’une saison culturelle franco-émirienne de mars 2016 à février 2017 comme toile de fond de son inauguration. Pour M. Laurent Maillaud, Commissaire général pour la France, « ce programme de « haute culture », est un projet novateur basé sur l’excellence des traditions culturelles françaises et émiriennes. » 

Dans ce cadre, la France était, en effet, l’invité d’honneur de l’édition 2016 de l’Abu Dhabi Festival au cours duquel l’Orchestre de Paris a donné de multiples concerts. Auparavant, le 16 mars, le Gustav Mahler Jugendorchester, considéré comme le principal orchestre de jeunes talents européens, a interprété, à Saadiyat, sous l’autorité de Christoph Eschenbach deux créations musicales célébrant l’idée d’universalité portée par le Louvre Abu Dhabi. Un concert intitulé Inspirations universelles : Concert pour le Louvre Abu Dhabi et inauguré par une œuvre du compositeur et soliste émirien Faisal Al Saari : Le Rêve de Zayed

Tout un symbole, car tout comme la participation des Émirats Arabes Unis aux Expositions universelles, cette politique culturelle volontariste a été impulsée dès l’indépendance, en 1971, par feu S.A. Sheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan. L’objectif : affirmer une identité nationale, notamment face aux géants de la région, et dont l’ouverture et la tolérance se veulent les piliers. Fait notable, les dirigeants émiriens ont pour une grande part fait appel au savoir-faire français. 

Une décennie avant l’ouverture du musée du Louvre-Abu Dhabi, l’implantation dans la capitale émirienne de l’Université Sorbonne Abu Dhabi en 2006 consacrait ainsi cette politique visionnaire. Un véritable défi, l’enseignement des lettres et des sciences humaines n’étant pas forcément la discipline qui fait aujourd’hui le plus la renommée des Émirats Arabes Unis, plutôt tournés vers les affaires, en matière de formation professionnelle. Mais sur ce plan, la France a également su exporter son expertise si l’on en juge par la création du campus de l’INSEAD en 2008, sans compter celle de l’ESMOD, dans le secteur de la mode, à Dubaï en 2006.

Ces affinités ont d’ailleurs fait en 2010 des Émirats Arabes Unis le premier pays du Golfe membre observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Un choix que certains réduisent à un calcul diplomatique, mais qui n’en reflète pas moins la réalité du soutien émirien à la culture francophone, d’autant qu’il est le pays d’accueil d’une importante communauté d’expatriés français, mais également d’importantes communautés libanaise, maghrébine ou encore canadienne.

Plus récemment, la préoccupation émirienne pour l’ouverture culturelle s’est doublée d’un intérêt économique : les ressources en hydrocarbures s’amenuisant, le tourisme s’est imposé peu à peu comme l’un des secteurs d’activité les plus dynamiques du pays. Il représente ainsi plus de 4,5% du PIB en 2015 avec des perspectives de croissance prometteuses à l’approche de l’Expo 2020 Dubaï. Plateforme d’échanges commerciaux, où se tiennent des événements majeurs comme le Dubaï Air Show, l’IDEX, le Sommet des Énergies du futur, ou encore le Grand Prix de Formule 1, les Émirats Arabes Unis veulent également capter des flux croissants de visiteurs, notamment en provenance d’Asie, par le biais d’une offre de loisirs et culturelle attractive. 

Dubaï, par exemple, qui vient d’inaugurer en novembre 2016 un nouveau canal entre le Golfe et le Business Bay Commercial District, en a fait l’une de ses spécificités. En 2015, le festival d’art contemporain Dubai Art Week a contribué, à lui seul, à hauteur de 35 millions de dollars à l’économie de l’Émirat selon Repucom. Une goutte d’eau comparée à d’autres secteurs mais qui ne reflète pas moins le succès de la manifestation puisqu’elle représente 60% des ventes annuelles des opérateurs locaux du secteur artistique, attirant près de 27 000 visiteurs en 2016 dont la moitié de l’étranger. Illustrant son rayonnement international, le tout nouvel opéra de Dubaï a réuni pour sa première représentation à l’été 2016 les plus grands noms : Placido Domingo, Anoushka Shankar et la danseuse de flamenco Sara Baras. 

Avec l’Emirates Airline Festival of Literature, le Dubai Film Festival, la biennal de Sharjah, le Qasr Al Hosn Festival, tout le spectre des arts est ainsi couvert, de la danse à la musique en passant par le théâtre, le cinéma et les arts visuels. Le Louvre Abu Dhabi viendra compléter ce paysage artistique déjà riche en soi. Mais il n’est que la première pierre d’un projet autrement plus ambitieux dont Saadiyat sera l’écrin avec l’arrivée prochaine d’un musée Guggenheim signé de l’architecte californien Frank Gehry, tandis que c’est au Britannique Norman Foster qu’a été confié la réalisation du Musée national. CH


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