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deuxième trimestre 2016

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Sécurité civile : l'engagement international de la BSPP

Par le Général Philippe BOUTINAUD,
Commandant de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris (BSPP)

La BSPP est un acteur à part entière des relations internationales du Ministère de la défense et du Ministère de l’Intérieur. Unité militaire d’élite, elle a une longue tradition de coopération avec des corps de sapeurs-pompiers des pays alliés et amis de la France. Elle apporte sa modeste contribution aux opérations militaires. En outre, elle constitue un modèle d’organisation des secours particulièrement prisé et reçoit la visite de très nombreuses délégations et visiteurs chaque année. À travers son expertise et son ouverture au monde, la BSPP est un outil précieux pour la sécurité civile devenue désormais « un objet diplomatique ».

Les capitales, depuis la Grèce antique, constituent le creuset créatif, politique, économique et culturel de la civilisation européenne. Comme à la fin du XIXème siècle et lors des années 1920, elles bénéficient depuis 1990, de la Pax Europa. Cette dernière a favorisé le 12 novembre 1993 la création de l’Union des Capitales européenne (U.CU.E) afin d’envisager à nouveau « le sentiment vivant de la fraternité européenne » (projet politique de Coudenhove-Kalergi, réflexions urbaines de Karl Scheffler, Louis Bonnier et Maurice Halbwachs).
Or, les espaces urbains, marqués par des catastrophes récurrentes, représentent un enjeu important de progrès et de convergence pour les populations qu’il est nécessaire de protéger (10 000 catastrophes dans le monde coûtant la vie à 30 000 personnes pour un coût moyen de 150 milliards d’euros par an ; en France, 4,5 millions d’interventions par an pour un coût total d’environ 5 milliards d’euros). C’est précisément la mission des forces de la sécurité civile composées de militaires, de professionnels et de volontaires.
En effet, la sécurité civile, qui relève plus largement du concept de sécurité humaine, lutte contre les catastrophes naturelles, sanitaires, technologiques et sociétales. Elle est encadrée dans le monde par le « cadre de Sendai pour la réduction des risques et des désastres (2015-2030) » (Sendai framework for disaster risk and reduction (2015-2030) et mise en œuvre par les organisations internationales (Organisation des Nations unies, Union européenne…), les États, les collectivités territoriales et les organisations non gouvernementales. En France, « (…) elle concourt à la protection générale des populations », en lien avec la sécurité intérieure au sens des lois du 7 janvier 1950 portant organisation générale de la défense et de la loi du 18 mars 2003 pour la sécurité intérieure complétée par la loi du 13 août 2004 pour la modernisation de la sécurité civile.
En conséquence, l’augmentation constante dans le monde de la population (7,4 milliards de personnes en 2016), du taux d’urbanisation (52% pour 213 villes de plus d’un million d’habitants en 2016) et du vieillissement démographique (7% de personnes âgées de plus de 65 ans en 2004 contre 16% en 2050) favorise l’émergence de la sécurité civile comme nouvel objet diplomatique.
S’il s’agit bien de concourir à secourir les populations et les citoyens frappés par des catastrophes ou à améliorer leur situation, quelle doit être la forme de cette aide ? Dans quelles mesures les organisations internationales, les États-nations, les collectivités territoriales, les organisations non-gouvernementales et les associations sont-elles légitimes à intervenir dans un pays tiers ? Comment, qui et à quel niveau pour coordonner ces actions ? Une réponse coordonnée favoriserait-elle la résilience des populations ? Ces questions, légitimes, font l’objet de plus en plus de débats nourris au sein des organisations internationales. Cet article ne se propose pas d’y répondre directement mais d’examiner par la praxis et par l’exemple le rôle de la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris (BSPP), troisième unité de sapeurs-pompiers du monde, en matière de coopération, de recherche et d’opérations de sauvetage à l’étranger.
La Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris (BSPP) (801 km², 6,7 millions d’habitants défendus, 500 000 interventions, 8500 hommes, 360 millions d’euros hors pension de budget), unité militaire placée sous l’autorité du Préfet de Police de Paris, est créée, sous forme de bataillon, par décision de l’Empereur Napoléon 1er à la suite de l’incendie de l’Ambassade d’Autriche en 1810.
Depuis, dans le domaine des relations internationales, la BSPP, sous l'égide de ses autorités de tutelle, œuvre au travers de plus de 120 actions internationales annuelles, à :
- former, si nécessaire, ses homologues et contribuer à faire progresser la recherche dans des thématiques urbaines, technologiques et médicales (67% de son activité en matière de relations internationales) ;
- participer aux opérations extérieures et à la gestion de crise (13% de son activité RI) ; honorer les partenariats liés (13% de son activité) ;
- acquérir du matériel (7%).
Par ailleurs, elle reçoit la visite de ses confrères étrangers (30 à 40 délégations étrangères visitant la brigade chaque année).

Missions extérieures : formations, audit et recherches
La BSPP s’attache à promouvoir le savoir-faire français en matière de protection des personnes et des biens. Elle réalise en moyenne 80 missions par an. Ces dernières ont lieu en Europe (58%) et en particulier en Allemagne, en Afrique (14%), en Asie (10,5%), au Moyen-Orient (10,5%) et aux Amériques (7%). Cette tradition date du XIXème siècle où les catastrophes naturelles et les pandémies se succèdent. Il s’agit de proposer ses savoir-faire ; échanger sur les bonnes pratiques et se former aux mécanismes internationaux.
Parmi les missions effectuées à l’étranger, les militaires de la BSPP dispensent à la demande de pays des formations adaptées aux besoins locaux. C’est à ce titre, afin de répondre de la façon la plus adéquate possible, qu’a été inauguré en 2012 l’Institut supérieur d’Études de Protection Civile (ISEPC) situé au Burkina Faso regroupant seize partenaires de la région qui sont agréés par convention et dans lequel le personnel de la BSPP dispense des cours.
Par ailleurs, il s’agit d’échanger les savoir-faire à l’image du congrès de 1912, où des officiers du régiment de sapeurs-pompiers de Paris remarquent le nombre élevé d’engins de premiers secours à Berlin et décident à leur retour la création et la construction de 15 automobiles sur le même modèle. Un siècle plus tard, à partir des années 2000, à la faveur d’un regain d’intérêt pour la sécurité civile et d’une augmentation du taux d’urbanisation dans le monde, les échanges avec les autres pays se diversifient et créent des fonctionnalités communes : optimisation de la couverture opérationnelle, prévention (immeubles de – très – grande hauteur, réseaux ferrés), hyper-terrorisme, véhicules électriques et hydrogènes, secours à victimes, gestion du temps d’activité et, plus récemment, robotique… Les échangent complètent les études menées par les universités ou les instituts de recherche (comme le Joint Research Center en Italie).
Enfin, quelques cadres la BSPP sont également formée aux mécanismes européens de gestion de crise à la fois par l’intermédiaire des cours dispensés par l’Union européenne – UE (« Community induction course, Operational Management course, High level Coordination course… ») et l’organisation d’exercices conjoints avec ses autorités de tutelle d’exercice (exercice européen Sequana en 2016 soutenu par l’UE).
L’ensemble de ces éléments a fait émerger pour les capitales des similitudes opérationnelles face aux menaces ouvrant la nécessité d’établir un réseau dédié à la protection des populations en cas de catastrophes.

Opérations extérieures et gestion de crise
La participation de la BSPP aux opérations extérieures et aux missions de gestion de crise est historique. Dans le cadre de la réponse française aux crises à l’étranger (27% concernant la lutte contre les incendies de forêt, 8% concernant l’intervention en cas de séismes ; 23% par les inondations ; 10% par les cyclones ; 5% par des événements neigeux ; 15% par des réponses NRBC et 12% d’interventions diverses), la BSPP est sollicitée pour son domaine de compétence : le secours en milieu urbain au sens large.
Depuis la guerre de Crimée (1853-1856) jusqu’aux opérations au Liban et au Kosovo, la BSPP a fourni des détachements à chaque fois que ses compétences étaient nécessaires aux armées. Plus de 200 sapeurs-pompiers de Paris sont tombés pour la France durant la Première Guerre mondiale. La BSPP poursuit cette tradition en opérant au Liban (depuis 2007). Après avoir été présente au Kosovo durant 14 ans.
Elle intègre également, les mécanismes internationaux de protection civile, à la demande du Ministère des Affaires étrangères et du Développement international et du Ministère de l’Intérieur (Djibouti – 1997 ; Haïti – 2010 ; Sendai – Fukushima au Japon – 2011 ; Brazzaville au Congo – 2012 et Philippine – 2013) pour les exemples les plus récents. La formation de ses personnels et leur connaissance fine du milieu urbain leur permet d’opérer au mieux en se coordonnant avec les différentes forces de secours sur place.
Enfin, elle a proposé et travaillé en commun avec l’Ambassade de France au Japon (2007, 2009 et 2013) en réalisant des exercices visant à tester la résilience des procédures en cas de catastrophe : prise en compte des différents secteurs (centre d’appels, information-communication, liaison avec les autorités japonaises, chancellerie…) ; instance de pilotage ; gestion et rotations des personnels…
En conséquence, la BSPP répond aux sollicitations étatiques et s’intègre pleinement aux mécanismes nationaux et internationaux de sécurité civile.

Représentation et partenariat
Par son histoire et sa volonté de nouer des partenariats fructueux pour l’aider à améliorer la protection de la population parisienne, la BSPP a signé six partenariats actifs : avec les sapeurs-pompiers de Pékin (1998), de Santiago du Chili (2001), de Munich et du Büro für Brandschutz pour l’Allemagne (2005 et 2011), de Bucarest (2012) et de Genève (2013). Ces partenariats ont permis à la BSPP d’accompagner la réflexion quant aux nouveaux défis posés par le développement du tissu urbain qu’elle défend (800km²) et d’aider les corps avec lesquels elle est jumelée à améliorer leurs services de secours dont certains ont adopté une structure très voisine de celle de la BSPP.
L’habitant parisien ou du secteur défendu par la BSPP (soit les trois départements entourant Paris) bénéficie indirectement de ses partenariats grâce au progrès généré : réorganisation du centre opérationnel, introduction de la formation aux gestes de premier secours dans les centres de secours, recherches menées sur le matériel utilisé et meilleure interopérabilité des services de secours, recherche sur les nouvelles énergies (comme, par exemple, les modalités d’intervention en cas d’incendie pour les voitures électriques).

Matériels
Le marché de la sécurité, évalué à 100 milliards d’euros dans le monde et à 30 milliards en Europe, génère 180 000 emplois. La BSPP, attentive aux évolutions technologiques, bénéficie également de l’expérience des pays étrangers pour avoir le matériel le plus efficace possible en intervention. Elle effectue donc des missions afin d’évaluer les matériels et techniques utilisés par ses homologues étrangers. Par ailleurs, elle participe parfois à des programmes de l’UE visant à améliorer le matériel existant. Elle intervient à ce titre comme final utilisateur. Enfin, par son expérience et son rayonnement international, la BSPP contribue à promouvoir les matériels français auprès des pompiers étrangers.

Visites
La BSPP fait l’objet de sollicitations toujours croissantes. Elle accueille en moyenne 40 visites par an pour un total de 200-300 visiteurs. Par ailleurs, elle ouvre ses portes régulièrement pour admettre en stages des pays qui la sollicitent ou avec lesquels elle a des accords [Allemagne (2009 et 2016) ; Chine, (2010) ; Suisse (2010 et 2016) ; Espagne (2007) ; Chili (2009-2015)].    

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