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  Jeudi 27 Avril 2017  
 

deuxième trimestre 2016

La lettre diplometque
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  S.E.Dr / H.E.Dr. Mohan Kumar

Avec la France, un partenariat stratégique toujours plus dense

Entretien avec S.E. Dr Mohan KUMAR,
Ambassadeur de l’Inde en France

Poids lourd démographique de la scène internationale, l’Inde s’est affirmée au XXème siècle comme un modèle civilisationnel à part entière et, plus récemment, comme une puissance économique. À l’approche du 20ème anniversaire du partenariat stratégique franco-indien, qui sera célébré en 2018, la création de l’Alliance solaire internationale a clairement illustré la solidité du dialogue entre les deux pays. Revenant sur les grandes orientations de la stratégie d’émergence du Premier Ministre indien Narendra Modi, S.E.Dr Mohan Kumar, Ambassadeur de l’Inde en France, met en perspective les grands défis de la diplomatie indienne avec les spécificités des liens l’unissant avec la France en particulier au plan économique.

La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, après avoir honoré 50 ans de relations diplomatiques en 2015, l’Inde et la France célébreront en 2018 le 20ème anniversaire de leur partenariat stratégique. Fort de votre expérience en tant que diplomate en poste à Paris, où vous avez par ailleurs accompli une partie de vos études supérieures, quel regard portez-vous sur l’évolution des liens entre les deux pays ? Comment définiriez-vous les bénéfices des apports mutuels de ce partenariat, y compris au plan culturel et scientifique ?  

S.E. Dr Mohan KUMAR : Si vous considérez les relations franco-indiennes au cours de ces 50 dernières années, une chose est certaine : l’Inde et la France sont des alliés naturels. Notre relation est une relation de synergie et elle n’a cessé de progresser afin de s’adapter aux nouveaux défis de notre temps.
Lorsque la relation bilatérale indo-française a été élevée au rang de partenariat stratégique en 1998, il s’agissait de l’un des premiers partenariats stratégiques. Depuis, cette relation n’a cessé de se renforcer car nos deux pays partagent une confiance mutuelle sur les questions bilatérales et globales importantes. Nos liens dans les domaines de la défense, de l’espace et du nucléaire ont été constants et mutuellement bénéfiques.
Pour la seule année 2015, la fréquence des rencontres politiques au plus haut niveau laisse penser que nos deux pays travaillent à l’unisson pour renforcer leur coopération et progresser sur des questions globales telles que le terrorisme et le changement climatique.
Dans le cadre des différentes fonctions que j’ai assumées en qualité de diplomate indien, le fait d’être associé aux relations indo-françaises constitue une expérience professionnellement satisfaisante et personnellement enrichissante. J’ai eu la chance d’en avoir été l’observateur et d’y avoir joué un rôle. J’ai d’ailleurs obtenu mon doctorat à l’Université de la Sorbonne en travaillant sur le système de règlement des litiges de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) en adoptant la perspective d’un pays en voie de développement qui a l’obligation de faire des réformes. Il est intéressant de noter, à cet égard, que le processus multilatéral qui était tellement problématique en matière de commerce mondial il y a encore un certain temps, a fait preuve d’un de ses rares et spectaculaires succès en ce qui concerne la gouvernance environnementale mondiale. Et ce, plus particulièrement durant les négociations internationales sur le changement climatique qui se sont tenues à Paris fin 2015.
La COP21 fut une expérience passionnante. Tandis que la diplomatie française a conduit d’une main experte des négociations multilatérales d’une grande complexité, l’Inde a, quant à elle, joué un rôle constructif comme il se doit, pour aboutir à l’accord historique de Paris de décembre 2015. De mon point de vue, ce résultat est, entre autres, aussi un exemple du travail commun entre la France et l’Inde, et des progrès accomplis en vue de résoudre un défi contemporain d’envergure internationale.

L.L.D. : Dans le cadre de la visite d’État qu’il a effectué en Inde du 24 au 26 janvier 2016, le Président François Hollande a signé avec le Premier Ministre indien Narendra Modi une déclaration conjointe en matière de lutte contre le terrorisme. Quels sont les objectifs du renforcement de la coopération bilatérale dans ce domaine et quelles formes prendra-t-il ? Comment New Delhi et Paris comptent-ils œuvrer à la concrétisation du projet indien de Convention globale sur la lutte contre le terrorisme ?


S.E.Dr M.K. : La déclaration commune franco-indienne qui fut publiée durant la visite du Président Hollande en Inde témoigne de notre volonté de coopération bilatérale pour lutter contre le terrorisme ainsi que pour encourager la communauté internationale afin qu’elle traite effectivement le problème du terrorisme international.
Au plan bilatéral, nous disposons de quelques mécanismes dans ce domaine. Le Dialogue stratégique annuel qui est présidé, côté indien, par notre Conseiller national sur la Sécurité et, côté français, par le Conseiller diplomatique du Président de la République, répond aux problèmes de coopération bilatérale au plus haut niveau de nos deux États. La réunion annuelle du Groupe de travail commun sur la lutte contre le terrorisme est chargée, pour sa part, d’entrer dans le détail de cette coopération. Aujourd’hui, nous faisons face à de nouvelles formes de terrorisme y compris le cyber-terrorisme, et il existe de nouvelles façons de les combattre. Nos problèmes communs de sécurité et d’informations ont permis le renforcement de notre engagement mutuel dans le domaine de la formation et d’autres types d’échanges.
L’engagement de la France en faveur de la Convention globale contre le terrorisme international, exprimé au sein de la Déclaration commune, est fort apprécié. L’Inde pourra continuer à compter sur son soutien afin d’inscrire cette préoccupation à l’agenda de divers forums multilatéraux.

L.L.D. : À l’instar de la réunion sur l’Initiative globale pour combattre le terrorisme nucléaire qu’il accueillera en 2017, votre pays a annoncé le 1er avril 2016 des mesures clés lors du Sommet sur la sécurité nucléaire qui s’est tenu à Washington. Pouvez-vous expliquer les axes de l’affirmation du rôle de l’Inde dans ce domaine ? Comment s’articule la coopération avec la France pour consolider les mécanismes de contrôle de cette industrie ? Au-delà, comment évaluez-vous les perspectives d’accroissement de la présence française en Inde dans ce secteur ?   

S.E.Dr M.K. : En tant que puissance nucléaire responsable, l’Inde s’est continuellement battue en faveur de la sécurité nucléaire. L’Inde est ainsi l’un des signataires de la Global Initiative to Combat Nuclear Terrorism (GICNT) et participe aux trois groupes de travail du GICNT dans les domaines de la détection nucléaire, de la criminalité nucléaire et dans ceux de « la réaction et de l’atténuation ». Comme vous le soulignez, l’Inde a proposé d’accueillir la réunion des groupes de travail du GICNT en Inde en 2017.
En plus d’avoir renforcé ses capacités en matière de sécurité nucléaire, l’Inde a aussi participé activement à l’effort global destiné à renforcer la structure de la sécurité nucléaire. L’Inde a accepté les 13 instruments universels reconnus comme références de l’engagement d’un État à combattre le terrorisme international. À l’échelle nationale, la structure juridique qui régule le développement des technologies nucléaires et radioactives est fiable. Les listes et les directives de contrôle à l’export de l’Inde ont été harmonisées avec celles du Nuclear Suppliers Group (NSG) et l’Inde a hâte de renforcer sa contribution aux objectifs communs de non-prolifération grâce à l’adhésion aux régimes contrôlant les exportations. L’approche multi-agences visant à empêcher la contrebande nucléaire, une régulation plus stricte des matériaux nucléaires, la sécurité des sites nucléaires et la cyber-sécurité représentent autant d’autres aspects de l’architecture de la sécurité nucléaire de l’Inde.
Globalement, la coopération indo-française sur le nucléaire civil a été solide et nos scientifiques respectifs ont travaillé de concert sur plusieurs problèmes, y compris celui de la sécurité nucléaire. Considérant les niveaux très élevés appliqués par l’Inde en matière de sécurité nucléaire et de préventions des sinistres, je suis sûr que la densité de nos liens bilatéraux favorisera les échanges mutuels d’expérience. Maintenant que le projet nucléaire de Jaitapur doit inclure six EPR au lieu de deux, on peut dire que l’engagement français sur tous ces aspects y compris la sécurité nucléaire, se révélera mutuellement bénéfique.


L.L.D. : Annoncée à l’occasion de la COP21 qui s’est tenue à Paris, l’Alliance solaire internationale (ASI) a été inaugurée le 26 janvier 2016 en présence du chef de l’État français. 55 ans après la création de l’OPEP, en quoi cette initiative illustre-t-elle les aspirations de l’Inde pour favoriser l’émergence d’une nouvelle donne économique mondiale ? Au-delà, comment votre pays envisage-t-il de concilier ses objectifs d’industrialisation et ceux qu’elle s’est assignée pour réduire les effets du réchauffement climatique ?   

S.E.Dr M.K. : L’Alliance solaire internationale (ASI) constitue une initiative phénoménale qui ouvre la voie à une coopération globale concertée pour résoudre l’un des problèmes les plus pressants auquel l’humanité doit faire face : le changement climatique. Le Premier Ministre indien, M. Narendra Modi, a conçu cette Alliance comme une force globale qui guidera les pays dotés d’une abondante énergie solaire mais qui, comme cela arrive fréquemment, souffrent d’une restriction en termes de ressources financières et technologiques les empêchant de l’exploiter.
En dépit de son insistance constante sur la justice climatique, l’Inde s’est toujours montrée en pointe des actions en faveur du climat. Aussi, l’initiative de l’ISA illustre son engagement profond dans ce domaine et sa quête pragmatique d’une énergie propre. Dès le départ, le Président Hollande a soutenu cette idée. Il est d’ailleurs remarquable de constater la rapidité avec laquelle les choses se sont mises en place pour que la ISA soit conjointement lancée par le Président français et le Premier Ministre indien, le 30 novembre 2015 à Paris. C’est ensuite le secrétariat permanent de l’ISA qui a été inauguré durant la visite d’État du Président Hollande en Inde à l’occasion de notre fête nationale en janvier dernier. Enfin, son Comité de pilotage s’est réuni à New York en avril 2016 et le projet continue depuis à se mettre en place.
La communauté internationale doit fermement soutenir les nouvelles énergies qui sont nécessaires au combat contre le changement climatique. Pour sa part, l’Inde a rempli son rôle de leader constructif durant les négociations internationales qui ont conduit à l’accord de Paris. L’ISA va plus loin et rend une énergie plus propre accessible et abordable pour les populations pauvres du monde entier. La communauté internationale doit désormais œuvrer de concert en concrétisant notamment les promesses faites concernant l’accès au financement et aux ressources technologiques pour que cette ambition puisse se réaliser, en coopération avec le secteur privé.
L’Inde s’est engagée en faveur d’une énergie propre, non seulement afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre – et ce même si celles-ci restent à un niveau très faible par habitant – mais aussi dans l’intérêt de notre environnement, de notre économie et des générations futures. Nous avons toujours été conscients que nos besoins en énergie étaient immenses et personne ne peut s’opposer à notre droit à la croissance.
Toutefois, nous ne souhaitons clairement pas commettre les mêmes erreurs que celles commises par les pays riches et industriels au cours de leur développement. Si nous ne faisons pas partie du problème, nous ferons certainement partie de la solution. C’est la raison pour laquelle nous allons passer d’un seul coup dans une ère des énergies propres. L’énergie solaire représente la majorité du mix indien d’énergies renouvelables. Le programme solaire très ambitieux de l’Inde progresse de façon continue.
L’Inde a déjà dépassé plus d’une fois et demi son objectif d’énergie solaire pour 2015-2016 étant donné qu’elle  a produit 3 018 MW au cours de cette période, au lieu des 2 000 MW prévus. Le Ministre du Charbon et des Énergies renouvelables, M. Piyush Goyal, a confirmé l’ajout des 10 500 MW supplémentaires d’énergie solaire pour l’exercice courant. Ainsi, avec 21 000 MW générés par de nouveaux projets liés à l’énergie solaire et qui seront introduits sur le marché, l’Inde a indiqué au monde qu’elle était prête à prendre la tête des efforts pour lutter contre le changement climatique.
Une étude récente a indiqué que l’Inde est sur le point de devenir le quatrième plus grand marché d’énergie solaire au monde en 2016, laissant loin derrière les trois principaux marchés européens (la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France) de ce secteur, grâce à une puissance additionnelle de 5,4 GW pour l’année en cours. Aussi, j’ajouterais que les opportunités d’investissement, au bénéfice de tous, sont immenses en Inde.

L.L.D. : Élu en mai 2014 sur un programme centré sur la réduction des inégalités et la lutte contre la corruption, le Premier Ministre Narendra Modi a fait du « Make in India », la pierre angulaire de sa stratégie économique. Tenant compte du maintien d’une croissance de 7% en moyenne depuis dix ans et de la résilience de l’économie indienne, comment évaluez-vous les effets de cette stratégie tant en termes de création d’emplois que d’attraction des investisseurs étrangers ? Quelles nouvelles réformes pourraient, à cet égard, favoriser davantage l’ouverture de votre pays et dans quels secteurs d’activité ?

S.E.Dr M.K. : La politique du « Make in India », l’ambitieuse initiative du Premier Ministre Modi, vise à augmenter la contribution du secteur manufacturier à 25% du PIB d’ici à 2020. Cette initiative aura un impact sur les secteurs connexes menant à la création d’emplois et donnera une impulsion à toute l’économie indienne. 100 millions de nouveaux emplois devraient ainsi être créés d’ici à 2022.
Vingt-cinq secteurs clés dont ceux de l’automobile, de l’aviation, de la construction, des textiles, de l’agro-alimentaire, de la fabrication des équipements de défense et de l’électronique bénéficieront d’incitations et de mesures de soutien. Des politiques sont mises en place afin de stimuler les investissements dans ces secteurs.
Tout juste un an après son lancement, l’impact de cette initiative a été ressenti de plusieurs façons et dans plusieurs domaines. L’Inde a fait un bond de 12 places dans le classement Ease of Doing Business 2016 (Facilité de faire des affaires 2016) et de 16 places dans le classement de la compétitivité mondiale. L’Inde est en outre classée en tête de liste des meilleures destinations d’investissement du monde dans l’enquête 2015 réalisée par Ernst & Young et ses flux effectifs d’investissements directs étrangers ont enregistré une hausse de 48%.
Cet accroissement des investissements et l’accent qui a été mis sur le secteur manufacturier parallèlement au développement accéléré des infrastructures, des compétences et de la compétitivité auront tous un impact. Cette initiative valorisera le potentiel encore inexploité de la jeunesse indienne, représentant ainsi un avantage supplémentaire énorme. Les projets ciblés dans les secteurs des villes intelligentes, de l’accès numérique et des start-ups permettront de créer une infrastructure de niveau mondial et de préparer la jeunesse indienne en vue d’exploiter les opportunités que présente le monde moderne connecté.
De nouvelles réformes sont également entreprises. La nouvelle loi sur la faillite qui a été récemment adoptée, mettra en place un système de règlement dans des délais déterminés dans les cas d’insolvabilité. Une loi complète pour la résolution des litiges est également en préparation. Très récemment, le 14 mai 2016, le Cabinet a approuvé la Politique nationale en matière des droits de propriété intellectuelle qui aura probablement pour effet d’aligner la politique indienne dans ce domaine avec les normes internationales. Elle contribuera de ce fait à améliorer le classement de l’Inde dans le rapport Ease of Doing Business 2016 établi par la Banque mondiale. Il nous reste beaucoup à faire et je suis persuadé que le gouvernement est déterminé à engager des réformes et à créer des emplois dans cette perspective.

L.L.D. : Espace, armement, villes durables, transport ferroviaire figurent parmi les secteurs les plus prometteurs pour l’intensification des échanges entre l’Inde et la France. Quels vous semblent être les projets les plus emblématiques de cette dynamique ? Quelles opportunités ouvrent, selon vous, ces synergies pour les PME françaises ? À l’inverse, comment peuvent-elles permettre une consolidation de la présence économique de l’Inde en France ?

S.E.Dr M.K. : Nous avons effectivement assisté à un véritable essor en matière de coopération commerciale et économique entre nos deux pays pour l’ensemble des secteurs que vous avez mentionnés. Un certain nombre de contrats importants ont été signés lors de la visite en Inde du Président François Hollande en janvier 2016. Ces accords couvrent divers secteurs, parmi lesquels ceux des villes durables, des énergies renouvelables ainsi que du développement des infrastructures et des chemins de fer.
L’Agence française de Développement (AFD) sera un important contributeur au projet indien de Smart Cities (ou villes intelligentes). Neuf entreprises françaises (Alstom Transport, CAN, Dassault, EDF Energies Nouvelles, Egis, Lumiplan, Pomagalski, Schneider Electric et Thales) ont, quant à elles, signé des protocoles d’accord avec la société indienne Engineering Projects India Ltd., impliquant des technologies de pointe d’origine française en rapport avec les villes durables et intelligentes, le transport urbain ou encore l’amélioration des voies de transport ferroviaire.
De nombreuses entreprises françaises travaillent aussi en partenariat avec l’Inde dans le secteur de la défense. Le contrat signé avec Alstom pour les chemins de fer indiens atteste d’ailleurs de la présence industrielle de la France sur notre sol.
En outre, nous avons pu constater qu’un nombre croissant de PME françaises s’établissent en Inde et nous espérons que cette tendance perdurera.
La présence commerciale de la France en Inde est, certes, en train de se renforcer mais il reste encore de nombreuses opportunités inexplorées. Des difficultés existent toutefois en termes d’accès à l’information et aux marchés, que nous travaillons à supprimer.

L.L.D. : Ouvrant une nouvelle ère, le sommet Inde-Union européenne qui s’est déroulé à Bruxelles le 30 mars 2016, s’est conclu par l’adoption d’un plan d’action à l’horizon 2020. Quelles en ont été les avancées les plus significatives ? Fort de leur poids économiques respectifs et de votre connaissance des négociations commerciales, comment expliquez-vous les difficultés à progresser vers la conclusion d’un accord de libre échange entre New Delhi et Bruxelles ?

S.E.Dr M.K. : Le 13ème sommet Inde-Union européenne (UE), le premier depuis 2012, a été important. Le plan d’action entre l’Inde et l’UE à l’horizon 2020 permettra, en effet, d’établir une feuille de route concrète pour les cinq prochaines années. Celle-ci couvre tous les aspects importants de la relation Inde-UE. De plus, de nouvelles discussions sur le projet d’accord de libre-échange ont été entamées à cette occasion. Comme vous le savez, toutes les négociations commerciales sont difficiles, celle-ci ne dérogera probablement pas à la règle !


L.L.D. : L’Inde doit accueillir le 8ème sommet des BRICS les 15 et 16 octobre 2016. Quelle est votre perception des responsabilités de la montée en puissance de votre pays sur la scène internationale ? Plus largement, comment percevez-vous les freins à la réforme du Conseil de sécurité où l’Inde aspire à obtenir un siège de membre permanent ?

S.E.Dr M.K. : L’Inde va présider les BRICS dans une période difficile. Les BRICS représentent le visage des économies émergentes dans le monde ; leur stabilité et leur succès sont cruciaux pour la stabilité mondiale. Le thème de la présidence indienne des BRICS en 2016 est : « la construction de solutions rapides, complètes et collectives ». Une approche en cinq volets « IIIC » va prochainement être adoptée. Elle inclut le renforcement des institutions afin d’approfondir et d’entretenir la coopération entre les BRICS, la mise en œuvre des décisions découlant des sommets précédents (en grande partie ceux de 2014 et 2015), l’intégration et l’exploitation des synergies entre les mécanismes de coopération existants, la création de nouveaux mécanismes de coopération pour exploiter pleinement le potentiel de coopération des BRICS, ainsi que la continuité des mécanismes de coopération existants.
L’ordre du jour des assemblées des BRICS s’est considérablement élargi au fil des ans pour inclure des questions d’actualité, d’ordre international, comme le terrorisme, le changement climatique, la sécurité alimentaire et énergétique, la situation économique et financière internationale, la réforme des institutions de Bretton Woods, le protectionnisme commercial ou encore le Cycle de Doha. En plus du Sommet pour la Jeunesse, un Forum des Jeunes scientifiques a été mis en place par l’Inde, dont la première réunion aura lieu sous sa présidence.
L’Inde sera aux commandes en 2016, mais le programme concerne tous les pays des BRICS, dont la Russie et la Chine.
Pour répondre à votre dernière question, notre pays estime que la réforme pour adhérer au Conseil de sécurité n’a que trop tardé et nous sommes heureux du soutien que reçoit le processus de négociation du texte. Il n’y a aucune raison aujourd’hui pour que des continents entiers ne soient pas représentés ou sous-représentés en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité. Il est grand temps que les prises de décisions à cette grande table deviennent plus participatives et plus démocratiques.   

L.L.D. : Cinq ans après son lancement, votre pays accueillera la conférence ministérielle du Processus d’Istanbul. Considérant la visite officielle effectuée par le Premier Ministre indien en Afghanistan fin 2015, comment analysez-vous l’évolution de la coopération régionale face aux défis de l’extrémisme, du trafic de drogue et du développement ? Alors qu’il a effectué une visite surprise et historique à Peshawar le 25 décembre dernier, comment appréhendez-vous la reprise d’un processus de paix entre l’Inde et le Pakistan ?

S.E.Dr M.K. : L’Inde est un acteur majeur et l’un des avocats les plus farouches de la paix et de la stabilité dans la région. L’Inde s’est profondément engagée dans le développement de l’Afghanistan et le renforcement de sa démocratie. Nous croyons au dialogue, mais nous insistons sur le fait que le Pakistan ne peut continuer à nier l’impact du terrorisme sur notre relation bilatérale.

L.L.D. : Témoignant de la nouvelle vigueur qu’il a insufflé à la diplomatie indienne, le Premier Ministre Narendra Modi a relancé la coopération avec les pays de l’Océan Indien, comme Sri Lanka ou Maurice. À la lumière de votre expertise dans ce domaine, comment décririez-vous les atouts du leadership de l’Inde dans la région ? Comment son engagement au plan de la sécurité maritime est-il appelé à se développer ? Plus globalement, dans quelle mesure assiste-t-on à la réémergence d’un « soft power » indien dans la région et, au-delà, comme en Afrique ?

S.E.Dr M.K. : Historiquement, l’Inde a toujours été une puissance majeure de l’océan Indien. Cette océan a même été baptisé de son nom. Le renforcement des liens de l’Inde avec la région constitue dès lors un prolongement naturel de l’initiative de politique étrangère du Premier Ministre Modi.
La coopération maritime est en cours de développement aussi bien avec les îles de l’océan Indien qu’avec les États côtiers et les pays qui ont un enjeu dans la région. En janvier 2016, le tout premier dialogue maritime bilatéral indo-français a eu lieu à Paris. À cet égard, l’Inde veut jouer un plus grand rôle au sein de la Commission de l’océan Indien (COI).
Notre pays partage des liens civilisationnels avec la plupart des pays de la région. Pendant des siècles, nos marchands et navigateurs ont influencé leurs cultures et réciproquement. Aujourd’hui, une grande diaspora est présente dans l’ensemble de la région et représente un lien vital entre nos pays.
En ce qui concerne l’Afrique, l’engagement de l’Inde dans ce continent a toujours été constructif, mutuellement bénéfique et focalisé sur la prise en main de son développement par les Africains, basé sur l’expérience indienne. Notre soft power est civilisationnel et pourtant, de nos jours, la technologie, l’éducation et l’innovation constituent des éléments qui nous ont permis de bénéficier d’une grande sympathie et d’un grand soutien. Ces liens ont été stimulés par le India Africa Forum Summit qui a eu lieu à New Delhi en octobre 2015. Je suis convaincu qu’ils se dirigent vers des succès encore plus grands.     

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